Lucid Group arrive en France avec un montage où le constructeur californien conserve l’intégralité de sa relation client et confie à Emil Frey France la mécanique locale. Pas de concession de marque, pas de distributeur qui s’interpose. Un partenariat opérationnel, formulé comme tel.
Le dispositif repose sur une organisation d’importation propre à Lucid, qui gère les flux de véhicules, la stratégie commerciale, le positionnement et le parcours d’achat. La division Import d’Emil Frey France intervient en support, sur des fonctions ciblées autour du lancement. Pierre Guignot, General Manager de cette division, décrit un rôle « de partenaire de services sur mesure, apportant des prestations opérationnelles flexibles adaptées aux exigences spécifiques de Lucid ». Traduction, Lucid achète de la capacité, pas une clientèle.
Le Mondial de l’Auto, du 12 au 18 octobre 2026 à la Porte de Versailles, servira de première exposition publique française à la gamme. Deux modèles, la berline Air et le SUV Gravity. La première annonce 325 à 920 kW (soit 442 à 1 251 ch) et une autonomie WLTP comprise entre 694 et 960 km. Le second joue sur 418 à 617 kW (568 à 839 ch) et 536 à 739 km. Ces chiffres d’autonomie placent Lucid seul dans son couloir sur le marché hexagonal, où le premium électrique allemand plafonne largement en dessous du seuil des 900 km.
Emil Frey, l’un des tout premiers groupes automobiles européens, apporte ici ce que Lucid ne peut pas construire en dix-huit mois, notamment un maillage de services, une connaissance fine des circuits d’homologation et de livraison, une capacité d’absorption des volumes. La marque garde le récit, le partenaire assure la plomberie. Un modèle hybride qui évite à la fois la lourdeur du réseau intégré et la dilution du contrat de distribution classique.
Lawrence Hamilton, President of Europe chez Lucid, situe l’enjeu. La France constitue selon lui « l’un des marchés automobiles les plus importants d’Europe » et « un pilier clé » de la stratégie d’expansion du groupe. L’Hexagone rejoint donc une séquence européenne déjà entamée, avec l’ambition d’un lancement efficace et extensible… ce qui, dans le vocabulaire d’un constructeur qui vend des berlines à quatre chiffres de chevaux, signifie surtout ne pas immobiliser de capital dans du béton.
Mais il y a aussi la question du service après-vente, terrain sur lequel les nouveaux entrants électriques se sont souvent ratés en France. C’est précisément là que la signature avec un groupe suisse installé depuis des décennies prend tout son sens, et là que les premiers clients français jugeront le montage.

