Un brevet accordé en février par l’USPTO révèle que Garmin travaille sur une méthode optique capable d’estimer l’hémoglobine glyquée (HbA1c) directement depuis le poignet, sans aiguille ni capteur externe. Un timing parfaitement calibré alors qu’Apple, Samsung et Huawei se disputent le segment du contrôle du glucose non invasif.
Le dispositif décrit dans le brevet repose sur une matrice de photopléthysmographie (PPG) multi-longueurs d’onde, déjà intégrée sous une forme plus rudimentaire dans les montres actuelles de la marque. En émettant des faisceaux lumineux à des longueurs d’onde spécifiques, les capteurs distingueraient l’hémoglobine oxygénée, désoxygénée et glyquée selon la manière dont la lumière est absorbée puis réfléchie par les tissus. Des algorithmes traiteraient ensuite les ratios de signal AC/DC pour calculer un pourcentage d’HbA1c, ce marqueur clinique qui reflète la glycémie moyenne sur deux à trois mois. Le même capteur pourrait, au passage, affiner la mesure de saturation en oxygène sanguin.
Garmin a délibérément choisi un angle différent de celui que poursuit le reste de l’industrie. Là où chaque fabricant rêve d’un glucomètre continu au poignet, capable de rivaliser avec les CGM de Dexcom ou Abbott, la firme d’Olathe vise les tendances métaboliques longues, avec des mises à jour potentiellement hebdomadaires ou mensuelles. Pourquoi se battre sur le terrain du temps réel quand on peut offrir une vue panoramique de la santé métabolique… et toucher un public bien plus large que les seuls diabétiques sous insuline ?
Cette orientation stratégique n’est d’ailleurs pas un coup d’essai. Un brevet similaire avait déjà été déposé l’été dernier, et les montres Garmin affichent depuis un moment les données Dexcom (G6 et G7) via des applications Connect IQ. La marque sert aujourd’hui d’écran compagnon pour les porteurs de CGM, tout en préparant manifestement l’étape suivante. Huawei propose de son côté une évaluation du risque diabétique sur certaines montres, qui classe les utilisateurs par niveaux de risque. L’approche Garmin se veut plus ambitieuse, en estimant un marqueur clinique défini plutôt qu’un score qualitatif.
Le virage est d’autant plus remarqué que Garmin a historiquement bâti sa réputation sur les métriques d’élite, la VO2 max, les dynamiques de course, la variabilité cardiaque. Un outil d’HbA1c non invasif pourrait propulser les gammes Fenix ou Venu bien au-delà du cercle des traileurs et triathlètes, vers les millions de personnes en situation de pré-diabète ou de syndrome métabolique qui ignorent encore leur condition. Le marché potentiel est vertigineux dans un monde où l’OMS estime que 422 millions d’adultes vivent avec le diabète.
Il faut toutefois garder la tête froide. Un brevet n’est pas un produit, encore moins un dispositif médical validé. La spectroscopie optique appliquée au glucose a une longue histoire de promesses non tenues, et la distance entre un dépôt à l’USPTO et une certification FDA (ou CE) se mesure en années, pour ne pas dire en désillusions. Apple travaille sur le sujet depuis plus d’une décennie sans avoir rien commercialisé de tangible.
Garmin semble pourtant avoir identifié un chemin optique plus praticable, en renonçant à la mesure instantanée au profit d’un indicateur agrégé. Si la validation scientifique suit, le poignet pourrait devenir le premier point de contact entre des centaines de millions de personnes et leur réalité métabolique, sans la moindre goutte de sang. La vraie question n’est plus de savoir qui déposera le prochain brevet, mais qui franchira le premier la porte du régulateur.

