La marque londonienne Nothing, qui a bâti toute son identité sur des coques translucides et des LED pointillistes, s’apprête à poser un pied sur le marché des montres connectées sous son propre nom dès septembre prochain, à un tarif inférieur à 300 dollars. L’information, rapportée par le leaker Yogesh Brar et aussitôt relayée par une demi-douzaine de médias spécialisés anglophones, dessine les contours d’un produit qui pourrait redistribuer les cartes dans le segment intermédiaire du wearable.
Nothing n’a pas un background vierge en horlogerie connectée, puisque sa sous-marque CMF a déjà commercialisé deux montres vendues en dessous des 100 dollars (la CMF Watch 3 Pro, par exemple, affiche un écran AMOLED de 1,43 pouce, un GPS intégré et une autonomie de plusieurs jours pour environ 79 dollars). Ces modèles tournent sur un système d’exploitation temps réel léger, taillé pour l’essentiel. La montre estampillée Nothing viserait, elle, un tout autre registre, celui des Pixel Watch et Galaxy Watch, avec un positionnement tarifaire qui resterait pourtant sensiblement en dessous de ces références.
Le détail le plus attendu concerne précisément le système d’exploitation embarqué. Wear OS de Google apparaît comme le candidat naturel pour un appareil facturé entre 250 et 300 dollars, un prix qui suggère une fiche technique autrement plus musclée que celle des CMF. Rien n’a été confirmé sur ce point, et l’hypothèse d’un OS propriétaire enrichi n’est pas écartée. Ni spécifications, ni rendus, ni la moindre photographie n’ont encore filtré… ce qui impose de tempérer l’enthousiasme.
Le lancement serait d’abord limité à un nombre restreint de marchés, une stratégie que Nothing a déjà éprouvée avec ses smartphones (le Phone (1) avait mis des mois avant de traverser l’Atlantique). À ce stade, on ignore si l’Europe ou l’Amérique du Nord figureront dans la première vague de disponibilité, un paramètre qui pèsera lourd sur la capacité du produit à exister face à la OnePlus Watch 4, positionnée sur un créneau voisin.
Carl Pei, fondateur de Nothing et ancien cofondateur de OnePlus, a fait de l’esthétique transparente le fil conducteur de chaque produit sorti de ses ateliers, des écouteurs Ear (1) au Phone (2a). Appliquer cette grammaire visuelle à un boîtier de montre, où chaque millimètre carré compte, représente un exercice d’ingénierie et de design autrement contraignant qu’un dos de smartphone. La promesse d’un « ADN typiquement Nothing » au poignet, formulée par Brar, laisse entrevoir un objet qui ne ressemblerait à aucune tocante connectée existante, du moins sur le plan formel.
Reste une question que personne ne pose encore assez fort. Nothing peut-il réellement rivaliser en logiciel et en écosystème santé avec Samsung, Google ou Apple, alors que toute son expertise accumulée porte sur le hardware et l’interface graphique de ses téléphones ? Le prix agressif et le design suffiront peut-être à séduire les early adopters, mais la solidité du suivi fitness, la richesse des applications tierces et la fiabilité des capteurs biométriques décideront seules de la longévité commerciale du produit.
Yogesh Brar promet de nouvelles informations dans les semaines à venir, et Nothing n’a, pour l’heure, ni confirmé ni démenti quoi que ce soit. Septembre est dans trois semaines, et le poignet des fans de la marque commence déjà à démanger.

