Le marché mondial des bracelets connectés a enregistré un repli de 2 % sur un an au deuxième trimestre 2026, selon les estimations publiées par Omdia le 13 août. Ce chiffre global dissimule une fracture spectaculaire entre deux mondes qui n’ont plus grand-chose à se dire. D’un côté, les trackers, ces petits objets minimalistes qu’on porte vingt-quatre heures sur vingt-quatre sans y penser. De l’autre, les montres sport haut de gamme, bardées de capteurs, gorgées de données, conçues pour transformer chaque foulée et chaque coup de pédale en tableau de bord analytique. Entre les deux… le vide se creuse.
Les smartwatches ont progressé de 6 % sur la période, portées par l’appétit grandissant pour les modèles orientés performance outdoor, course à pied et cyclisme. Les bracelets basiques, eux, ont dégringolé de 9 %, victimes d’un ralentissement volontaire des cadences de lancement chez les grands fabricants. Les montres d’entrée de gamme ont aussi fléchi de 3 %.
Apple, avec ses Apple Watches, continue de régner en maître sur le segment des montres intelligentes avec 46 % de part de marché mondiale, une domination que personne ne lui conteste sérieusement à ce stade. La vraie bataille se joue juste derrière. C’est surtout là que le trimestre réserve sa plus belle surprise.
Garmin, le spécialiste de la donnée sportive et de l’autonomie marathon, a grimpé jusqu’à 15 % de part de marché dans les smartwatches, se hissant à égalité avec Samsung (qui conserve toutefois une avance marginale pour la deuxième place). Les modèles d’entrée et milieu de gamme comme la Garmin Forerunner 55 (à 138,49 € au lieu de 169,99 €) et la Forerunner 165 (à 199 € au lieu de 229,99 €) font un véritable carton. Elles ont manifestement ouvert les portes du catalogue Garmin à une clientèle plus large, séduite par la promesse d’insights d’entraînement poussés et d’une batterie qui tient plusieurs jours.
Huawei domine quant à lui le marché global des bracelets wearables grâce à son bracelet bon marché Huawei Band 11 à moins de 40 € et continue de grappiller des parts sur le marché des montres avec sa gamme Watch Fit plébiscitée par les utilisateurs et au prix très agressif (129,91 € au lieu de 169,99 €). La marque chinoise atteint 18 % de part au T2 2026, en hausse d’un point par rapport aux 17 % affichés l’année dernière. Cette position est aussi consolidée par l’élargissement de son portefeuille de produits et l’ajout de fonctionnalités santé de premier plan comme le suivi du risque de diabète.
Le segment des trackers sans écran, lui, est en pleine effervescence et représente désormais plus de 15 % des expéditions de bracelets basiques sur le trimestre. Le Fitbit Air de Google et le Cirqa de Garmin, tous deux lancés récemment, ont rapidement trouvé preneur. Le Fitbit Air s’est notamment imposé comme une alternative crédible dans cette niche où Whoop faisait jusqu’ici figure de référence quasi solitaire. Mais qui peut prédire si cet élan initial se transformera en tendance durable ? Jason Low tempère l’enthousiasme en rappelant qu’un « succès pérenne exigera des améliorations continues de la stabilité et une expansion réfléchie des fonctionnalités ».
La hausse des coûts de mémoire et de stockage pèse par ailleurs sur l’ensemble de l’industrie, poussant les prix de vente moyens vers le haut, comme l’illustre la récente augmentation tarifaire de la série Galaxy Watch de Samsung et des ajustements similaires sur certaines lignes de montres sport avancées. Cette pression inflationniste devrait, voire va, accélérer la polarisation du marché au second semestre 2026, les fabricants cherchant à se différencier par la qualité des insights santé, l’autonomie et les expériences multiplateformes.
Le marché des wearables en 2026 ressemble à un sablier qui se vide par le milieu, où le milieu de gamme indifférencié fond à vue d’œil pendant que le haut et le bas prospèrent chacun selon leur logique propre, et où la question n’est plus de savoir combien de bracelets on vendra demain, mais lesquels vaudront encore la peine d’être portés.

