La facture s’alourdit, et cette fois, elle vient directement de Redmond. Microsoft a relevé en juillet les droits de licence Windows qu’il facture aux fabricants de PC, avec une hausse moyenne oscillant entre 7 % et 10 %, un bond spectaculaire par rapport aux ajustements habituels qui ne dépassaient guère quelques points de pourcentage d’une année sur l’autre.
Le montant exact variera sans doute d’un constructeur à l’autre, et dépendra aussi visiblement de la configuration processeur de la machine, les systèmes équipés de puces haut de gamme étant soumis à des barèmes différents. Chaque OEM négocie en effet ses propres conditions avec le géant de Redmond, ce qui rend l’impact global difficile à chiffrer au centime près. Mais la tendance ne laisse aucune place au doute.
Cette inflation logicielle tombe au pire moment imaginable pour l’industrie du PC puisque la pénurie de composants mémoire, RAM et SSD en tête, a déjà propulsé les prix du matériel vers des sommets que l’on croyait réservés aux configurations enthusiast. Un ordinateur portable qui visait la tranche des 600 à 800 euros flirte désormais avec les 1 000 euros, tandis que les ultraportables premium, jadis positionnés entre 1 200 et 1 500 euros, se rapprochent dangereusement des 2 000 euros. Même Apple a été contraint de gonfler les tarifs de ses Mac de plusieurs centaines de dollars. Et la propre gamme Surface de Microsoft n’a pas échappé au séisme, les Surface Pro et Surface Laptop de dernière génération coûtant 400 à 500 dollars de plus que leurs prédécesseurs.
Qui va absorber ce surcoût ? Certainement pas les fabricants, déjà étranglés par la flambée des composants. Dell, Asus et Acer avaient d’ailleurs prévenu dès décembre 2025 qu’ils allaient répercuter les hausses sur leurs étiquettes. La licence Windows, traditionnellement noyée dans le prix final d’un PC neuf, devient ainsi un accélérateur de l’inflation matérielle… un carburant supplémentaire jeté sur un brasier que personne ne parvient à contenir.
Il faut toutefois distinguer deux réalités tarifaires bien séparées. La hausse de 7 % à 10 % concerne exclusivement les licences OEM, c’est-à-dire celles que les constructeurs achètent en gros pour préinstaller Windows sur leurs machines. Le prix public d’une licence Windows 11 achetée individuellement reste, en tout cas pour l’instant, figé à 99 dollars pour l’édition Home et 199 dollars pour la version Pro. L’utilisateur qui monte son propre PC ou qui réinstalle le système ne paiera donc pas un centime de plus, du moins tant que Microsoft ne décide pas d’étendre la logique tarifaire au canal grand public.
Reste une question que tout amateur de hardware devrait se poser avec une certaine urgence. Peut-on encore raisonnablement parler d’un marché PC « accessible » quand chaque maillon de la chaîne, du silicium au logiciel, tire les prix vers le haut simultanément ? Microsoft engrange des revenus colossaux grâce à Azure, à Microsoft 365, à Copilot et à ses abonnements entreprise (les licences Enterprise E3 et E5 de Windows 11 fonctionnent d’ailleurs en surcouche d’une licence Pro qualifiante). Ponctionner davantage les OEM sur un produit aussi fondamental que le système d’exploitation, dans un contexte où le matériel est déjà devenu difficilement abordable pour des millions de consommateurs, ressemble à un calcul froidement arithmétique.
L’industrie du PC traverse sans doute sa passe tarifaire la plus rude depuis une décennie, et le prochain relevé de prix sur les étagères des revendeurs portera, en filigrane, la signature de Redmond.

