La machine s’emballe pour Samsung. La Commission fédérale des communications (la fameuse FCC américaine) a validé le 27 septembre deux homologations radioélectriques pour un produit rangé sous l’étiquette de « Smart Glasses ». Les identifiants A3LSMO200P et A3LSMO200J entrent officiellement dans les registres. L’administration valide les composants, donne le feu vert pour la diffusion des ondes et propulse le géant coréen droit vers l’arène des lunettes intelligentes.
Les dossiers déposés le 22 juillet ont franchi toutes les étapes chez Element Materials Technology Washington DC LLC (le laboratoire qui a repris les activités de PCTEST à Columbia, dans le Maryland). Jenni Chun, directrice générale basée dans le New Jersey, a apposé sa signature pour le compte de la marque. L’équipement embarque deux contrôleurs de transmission sans fil pour le Bluetooth et le Wi-Fi. Les montures couvrent les bandes de 2,4 GHz et de 5 GHz, puis s’ouvrent à la bande rapide allant de 5935 à 7115 MHz pour profiter du Wi-Fi 6E en mode intérieur à faible puissance. Aucun modem 4G ou 5G ne figure au tableau. Ces lunettes s’appuient sur votre smartphone pour capter le réseau et faire circuler les données.
La puissance maximale mesurée atteint 0,382 W sur la fréquence 2,4 GHz, redescend à 0,019 W sur la plupart des blocs 5 GHz et se stabilise autour de 0,0044 W en 6 GHz pour la version P, contre 0,0045 W pour la version J. Les tests d’exposition aux ondes affichent un débit d’absorption spécifique (DAS) culminant à 1,56 W/kg en transmission simultanée pour le modèle P et 1,49 W/kg pour le modèle J. Attention toutefois à la lecture de ces chiffres. La réglementation américaine calcule cette exposition sur un seul gramme de matière avec un seuil légal fixé à 1,6 W/kg. En France, l’Agence nationale des fréquences (l’ANFR) applique une méthode différente calculée sur 10 grammes de tissu biologique, avec un plafond de 2 W/kg pour la tête et le tronc. Ces valeurs enregistrées à Washington ne correspondent donc pas aux mesures que nous verrons lors des contrôles européens.
Samsung ne vient pas tester l’eau tiède avec un timide prototype d’exposition. Les documents techniques mentionnent en réalité onze références distinctes de montures (de SM-O201P à SM-O204P pour la première série, puis de SM-O201J à SM-O205J pour la seconde). C’est une véritable armée de montures qui se prépare pour s’adapter à toutes les formes de visages via deux collaborations de style, avec Warby Parker pour la lettre P et Gentle Monster pour la lettre J. Pour nous autres en France, la situation commerciale est plus contrastée. Warby Parker vend ses créations sur le sol américain sans posséder d’espace de vente physique. Gentle Monster possède en revanche une adresse en plein cœur de Paris dans le quartier du Marais.
Le projet associe les forces de Samsung à celles de Google pour lancer la plateforme logicielle Android XR. Ces lunettes doivent intégrer une puce Qualcomm Snapdragon AR1 Gen 1, une caméra de 12 mégapixels et des haut-parleurs à conduction aérienne logés dans les branches pour écouter de la musique ou passer des appels. Une diode lumineuse prévient l’entourage dès que la caméra enregistre une vidéo, respect de la vie privée oblige.
La batterie promet environ 9 heures d’autonomie continue, tandis qu’un boîtier de transport intelligent permet de recharger la monture jusqu’à sept fois d’affilée… De quoi tenir une semaine entière sans chercher une prise de courant. L’intelligence artificielle Gemini animera l’expérience pour décrire ce qui vous entoure, traduire des menus à la volée et répondre à vos questions par commande vocale.
Meta mène la course pour l’instant avec ses lunettes Ray-Ban, et Samsung accélère la cadence pour bousculer ce monopole. Le quotidien The Korea Herald évoque une présentation officielle dès novembre 2026. Côté tarif, les estimations aux États-Unis oscillent entre 349 dollars et 499 dollars, ce qui donnerait une fourchette comprise entre 399 € et 549 € sur le marché français. L’arrivée en Europe dépendra aussi du cadre réglementaire, car le déploiement des outils d’analyse visuelle de Gemini devra respecter le RGPD et la législation européenne sur l’intelligence artificielle. Les documents déposés auprès de la FCC restent protégés par le secret industriel jusqu’au 26 mars 2027, sauf si Samsung décide de dévoiler l’intégralité de sa collection bien avant cette date.

