Lars Moravy (vice-président de l’ingénierie véhicule chez Tesla) et Eric Earley (responsable du programme Cybercab) ont lâché l’aveu au micro de Munro Live, le robot humanoïde Optimus empoignera bientôt les câbles des Superchargeurs pour ravitailler les Robotaxis. Des voitures sans volant ni pédales filent seules vers les bornes mais réclament encore un bras pour brancher le câble.
Une scène filmée récemment à Austin montre toute la difficulté de l’exécution. Un employé doit tirer le lourd pistolet, le branche à la main sur les Cybercab ou les Model Y autonomes et reprendre même les commandes pour replacer les véhicules garés trop loin de la stèle. Le futur trébuche sur trois mètres de cuivre. Les deux ingénieurs promettent pourtant une relève automatisée imminente : « Espérons qu’Optimus nous aidera très prochainement sur cette tâche. »
La greffe d’un connecteur NACS dissimulé dans le pare-chocs arrière du Cybercab trahit le grand écart du constructeur texan. Ce coupé biplace né pour l’autonomie totale boude le courant alternatif (AC) et dépend exclusivement de la charge rapide en courant continu (DC) des Superchargeurs existants. Pourquoi balafrer la poupe d’un véhicule pensé pour s’affranchir de toute prise ? Il faut faire rouler la flotte tout de suite sur le réseau actuel avant de couler le béton du monde d’après. Optimus jouera le pompiste de fortune. Des robots nettoyeurs investissent déjà les dépôts pour astiquer les habitacles entre deux courses. Le bipède ira plus loin selon Lars Moravy et Eric Earley, qui l’imaginent « entretenir la voiture et s’inviter dans le secteur de la livraison » au sein d’une trilogie de l’intelligence artificielle physique réunissant Cybercab, Optimus et Robovan.
La FCC (le régulateur américain des télécommunications) a validé plus tôt cette année le système de recharge sans fil par induction du Cybercab, pièce maîtresse d’un futur hub texan d’Austin équipé de 80 chargeurs sans fil. Lorsque ces dalles magnétiques alimenteront les batteries par le sol, ni l’ouvrier ni le robot n’auront plus à soulever le moindre câble. Sauf que les horloges d’usine tournent moins vite que les promesses.
La production préliminaire d’Optimus débute à peine dans l’usine californienne de Fremont, avec des premières livraisons aux entreprises clientes visées fin 2027 aux États-Unis. Atteindre la cadence visée de 20 000 unités par semaine exigera au moins un an de plus, voire un peu davantage selon la direction, ce qui repousse le cap du million de robots annuels vers 2028 d’après les projections de Gene Munster (associé gérant chez Deepwater Asset Management). Une commande non confirmée de composants pour environ 5 000 unités circule déjà chez les équipementiers… La recharge par induction généralisée attendra.
Elon Musk a d’ailleurs profité de la présentation des résultats du troisième trimestre (marquée par des revenus stables et un bénéfice ajusté par action supérieur de 11,6 % aux attentes de Wall Street) pour étriller les vidéos concurrentes réduites à des « tâches déterministes préprogrammées ». Le patron de Tesla promet d’ici un à deux mois une démonstration garantie « sans mise en scène préenregistrée » où le robot agira sans script dans un environnement réel. La greffe de la puce AI5 dans le thorax d’Optimus vers le mois d’avril doit décupler sa puissance de calcul d’un facteur dix par rapport à l’actuelle architecture AI4. Aux yeux du dirigeant, le tandem formé par le robot et le taxi autonome concentrera l’écrasante majorité de la valeur boursière du groupe.
Les automobilistes européens observeront longtemps ce ballet echnologique derrière leurs écrans sans jamais croiser un Optimus sur une aire d’autoroute hexagonale. Ni le robot de service ni le trajet en Robotaxi ne disposent d’un tarif ou d’une date de lancement en France et en Europe, puisque l’exploitation commerciale se cantonne au périmètre texan d’Austin.
Si le pari de l’induction finit par triompher au Texas après 2027, toute l’architecture des stations de recharge basculera du pistolet refroidi par liquide vers la dalle invisible noyée sous l’asphalte. En attendant ce grand soir magnétique, à Austin, un homme sue encore sur le parking pour brancher les Tesla autonomes.


