Pendant que les constructeurs européens saturent le marché de SUV surélevés de deux tonnes et demie au profil massif, un géant venu de la tech a choisi de concevoir une authentique berline de sport collée à l’asphalte. La Xiaomi SU7 débarque avec déjà 500 000 ventes dans le rétroviseur et des chronos pour une version Ultra qui donnent des sueurs froides aux états-majors de Porsche. Si vous faites partis des optimistes qui s’imaginent obtenir l’engin pour les 28 000 euros réclamés en Chine, nos calculs risquent de vous refroidir. Mettre les mains sur le volant du smartphone sur roues du géant de Pékin demandera un chèque entre 39 000 et 44 000 euros sur la version Standard, et l’attente devrait s’étirer au minimum jusqu’à la fin 2027.
Essais secrets en Alsace et calendrier qui fait patienter la France
Une SU7 rose bonbon a été aperçue en pleine recharge sur une borne rapide en Alsace. Un capteur lidar rotatif Hesai juché sur le pavillon, une armada de caméras braquées sur le bitume, une antenne GNSS vissée sur la poupe, des plaques munichoises et un macaron du TÜV Rheinland sur la portière. C’est très bon signe. Cela montre que les ingénieurs du centre technique de Munich écument déjà nos routes et calibrent les aides à la conduite face à nos panneaux, nos ronds-points et nos enrobés rapiécés pour adapter la berline au marché français, même s’il n’est visiblement pas la priorité du calendrier.
Xiaomi Auto a posé les premiers jalons de son réseau cet été au salon IFA de Berlin. Le constructeur a signé des protocoles d’accord avec huit groupes de concessionnaires allemands (Emil Frey Germany, Penske-Jacobs Innovation, Hahn Automobile, LUEG Mobility, Ernst Dello, Autohaus Dinnebier, Fett & Wirtz et SPT Avior). Lu Weibing, président du groupe Xiaomi, a justifié cette priorité germanique : « Nous voulons nous attaquer d’abord aux marchés automobiles les plus exigeants du continent. »
L’Allemagne servira donc de tête de pont commerciale en 2027, adossée au centre de recherche bavarois. La France devra attendre son tour, sûrement dans une seconde vague, renvoyant l’ouverture des showrooms officiels vers la fin 2027 en étant optimiste, début 2028 en restant réaliste. À notre avantage, l’implantation déjà massive du groupe Emil Frey sur le sol français pourrait être un accélérateur.
Évidemment, des petits chanceux ont pu se procurer la SU7 avant tout le monde, mais au prix d’un énorme surcoût, entre 70 000 et 75 000 euros auprès d’importateurs privés pour une Réception à Titre Isolé (RTI). C’est le tarif d’une berline allemande suréquipée, pour une voiture qui débarque sans mode d’emploi en français et avec sa prise chinoise GB/T qui exige un adaptateur encombrant pour se brancher sur les bornes Combo CCS. Sans compter l’interface HyperOS qui reste verrouillée en mandarin et le fait que la France ne compte encore aucun atelier agréé pour assurer le SAV. L’aventure réclame une sacrée dose d’abnégation, à moins d’adorer déchiffrer les idéogrammes du menu de climatisation sur une aire d’autoroute.
Le coup de massue fiscal qui fait gonfler le prix en France
Le modèle d’accès est affiché à 220 000 yuans en Chine, soit l’équivalent brut de 28 000 euros hors taxes locales. Ce tarif attractif s’effondre devant les réalités logistiques et douanières dès que la berline embarque sur un cargo. Le transport maritime facture d’emblée près de 2 000 euros par véhicule pour traverser les océans. Vient ensuite le coup de massue fiscal voulu par Bruxelles. L’Union européenne prélève deux fois, avec les droits de douane de 10 % puis la surtaxe compensatrice anti-subventions de 35,3 %. Xiaomi écope de ce taux maximal par défaut faute d’avoir fait l’objet d’un audit individuel lors des enquêtes de Bruxelles en 2023. La TVA française de 20 % et les marges du réseau achèvent l’ascension, et une version Standard sans remise atterrit autour de 48 000 euros de coût brut.
Xiaomi devra rogner sur sa rentabilité pour afficher la Standard entre 39 000 et 44 000 euros. L’autre option consiste à arracher à la Commission européenne un prix plancher d’importation, sur le modèle de l’accord obtenu pour le Cupra Tavascan. La suite de la gamme fait grimper la facture, avec environ 48 000 euros attendus pour la Pro, plus de 60 000 euros pour la version Max et au-delà de 100 000 euros pour l’Ultra. Il faudra également faire une croix sur le bonus écologique. Le score environnemental français écarte d’office toute voiture assemblée avec une électricité chinoise et acheminée par cargo, pendant que nos aides d’État continuent de subventionner de lourds modèles boulonnés en Europe.
Une silhouette affûtée face aux références du grand tourisme
La SU7 affiche 4 997 mm de long, 1 963 mm de large et seulement 1 445 mm de haut, posés sur un empattement de 3 000 mm taillé pour la stabilité à haute vitesse. Son Cx de 0,195 pulvérise le record mondial des carrosseries de série et transforme la berline en lame qui fend l’air sans opposer de résistance. Le coffre arrière de 517 litres accueille les valises du week-end, complété par une soute avant de 105 litres pour loger les câbles de recharge sans empiéter sur les bagages.
Le design assume sans complexe son inspiration tirée de la Porsche Taycan, référence esthétique du genre. Le châssis va chercher le dynamisme tranchant d’une BMW i4 et la dotation regarde la BYD Seal droit dans les phares. Le lidar de toit et le processeur de 700 TOPS propulsés par HyperOS, équipent d’office l’ensemble du catalogue.
La Standard envoie une puissance de 320 chevaux sur le seul train arrière pour expédier le 0 à 100 km/h en 5,3 secondes grâce à une batterie LFP de 73,6 kWh assurant environ 500 km WLTP. La Pro garde cette même cavalerie en propulsion et adopte le pack CATL Shenxing de 94,3 kWh pour franchir 650 km en usage mixte. La Max change de dimension avec deux moteurs, une transmission intégrale, 690 chevaux et 838 Nm de couple qui collent les passagers au fond du baquet en 2,78 secondes jusqu’à 265 km/h grâce à son pack CATL Qilin NMC de 101 kWh.
Au sommet, la déclinaison Ultra pousse la démesure avec trois moteurs, une puissance de 1 548 chevaux et un 0 à 100 km/h pulvérisé en 1,98 seconde. Elle détient d’ailleurs le record des berlines de série sur la Nordschleife du Nürburgring en 7 min 04 s 957, de quoi faire trembler bien des GT.
L’architecture 800 volts (897 volts réels sur la Max) récupère 500 kilomètres en quinze minutes sur une borne haute puissance, effaçant le temps d’attente avant même d’avoir terminé sa pause sur une aire d’autoroute. Les flottes d’entreprise absorbent pourtant plus de 50 % des berlines de ce segment en France. Les règles européennes attendues vers 2028 pourraient réserver les avantages fiscaux aux parcs composés de véhicules à 70 % de composants européens. Xiaomi a le châssis, l’aérodynamisme et les chevaux pour dominer les débats. Il lui faudra encore une usine sur le Vieux Continent pour décrocher les contrats des gestionnaires de flottes.

