La berline électrique de Xiaomi a franchi lundi le cap des 500 000 livraisons cumulées, un jalon que le constructeur a célébré sur Weibo avec l’assurance d’un entreprise sait compter ses victoires. Lancée le 28 mars 2024, livrée dès le 3 avril, la SU7 est sans doute devenue la voiture électrique chinoise la plus rapide à atteindre ce seuil au-dessus de 200 000 yuans. En 28 mois et demi, Xiaomi a accompli ce que des rivaux bien plus anciens peinent encore à envisager.
Lei Jun, cofondateur et PDG du groupe coté à Hong Kong, avait formulé dès le départ une ambition qui frisait l’hubris, celle de « construire une voiture comparable à Porsche et Tesla, tout en offrant une expérience de conduite intelligente et confortable ». La comparaison avec Tesla tient désormais dans les chiffres de 2025, où la SU7 première génération a écoulé 258 164 unités, reléguant la Model 3 et ses 200 361 immatriculations au rang de dauphine sur le segment des berlines électriques premium en Chine, un rapport de force que la nouvelle Qin Max de BYD entend bien prolonger en s’attaquant frontalement à la Model 3 sur le prix.
Le demi-million livré dissimule pourtant un essoufflement que les festivités ne sauraient gommer. Sur les sept premiers mois de 2026, la SU7 n’a totalisé que 101 540 livraisons, en recul de 43,6 % par rapport à la même période un an plus tôt. Juillet affiche 21 044 unités, un niveau certes en légère progression de 3,1 % sur juin… mais en baisse de près de 14 % en glissement annuel. La transition générationnelle explique une partie de cette contraction, Xiaomi ayant cessé la production du modèle originel après 370 000 exemplaires en février 2026, provoquant un effondrement temporaire à 218 livraisons ce mois-là.
La nouvelle SU7, déployée le 19 mars 2026 avec une gamme tarifée entre 219 900 yuans (environ 32 600 dollars) pour la version Standard et 303 900 yuans pour la Max, a rapidement relancé la machine. Quinze mille commandes sont tombées dans les 34 premières minutes le soir du lancement, puis plus de 80 000 début mai. Depuis avril, la berline rafraîchie tourne à environ 23 000 unités mensuelles et représente encore 67,3 % des ventes de la marque automobile en juillet, malgré l’arrivée du SUV YU7 qui lui a déjà volé une part d’attention.
L’ensemble de la division EV de Xiaomi a dépassé les 760 000 véhicules livrés (SU7 et YU7 confondus), mais le rythme global a lui aussi fortement décéléré. Avec 216 322 unités expédiées entre janvier et juillet, le constructeur n’a couvert que 39 % de son objectif annuel de 550 000 véhicules. Atteindre cette cible exigerait désormais une cadence moyenne de quelque 67 000 unités par mois d’août à décembre, soit plus du double du volume de juillet et nettement au-dessus du record mensuel de 50 212 unités établi en décembre 2025. Goldman Sachs, pour sa part, table sur 500 000 livraisons cette année, 770 000 en 2027 et plus d’un million en 2028.
Xiaomi mise sur l’élargissement de sa gamme pour combler l’écart. La série Sky Nomad, présentée le 30 juillet, marque la première incursion du groupe dans le segment des véhicules à autonomie étendue (EREV), avec un N90 Max sept places à 299 900 yuans et un N70 Max cinq places à 259 900 yuans, deux tarifs qui sous-cotent délibérément la Tesla Model Y L. Les livraisons sont attendues en septembre, et les précommandes pourraient dépasser les 100 000 unités selon des estimations de presse relayées début août. Un risque subsiste néanmoins, l’usine de Pékin n’ayant obtenu qu’en juin l’autorisation réglementaire de produire des modèles EREV.
Peut-on vraiment parler de ralentissement quand une entreprise qui ne fabriquait pas une seule voiture il y a deux ans et demi livre désormais plus de 30 000 véhicules par mois ? L’année 2025 s’était déjà soldée par 411 082 livraisons, dépassant l’objectif révisé de 400 000. Les ventes à l’étranger, elles, ne sont pas attendues avant la seconde moitié de 2027, ce qui laisse à Xiaomi le temps de consolider sa base industrielle avant d’affronter les droits de douane européens et les exigences réglementaires occidentales. Pour célébrer le cap des 500 000 SU7, le groupe offre 10 000 maquettes à l’échelle 1:43 aux candidats à un essai routier, un geste marketing à la mesure d’un constructeur qui, pour l’instant, préfère distribuer des miniatures plutôt que des dividendes.

