L’Audi A4 e-tron ne touchera pas les chaînes d’assemblage avant mars 2029, accusant un différé de neuf mois sur l’échéance que Gernot Döllner, président du directoire d’Audi, avait arrêtée en octobre 2025. Des sources proches du dossier citées par le quotidien Handelsblatt anticipent même un basculement vers la fin avril ou le début mai 2029. Ce second ajournement successif frappe une berline dont la génération thermique a déserté le catalogue en 2024. Sur le marché des flottes d’entreprise en location longue durée (LLD), où les valeurs résiduelles garantissent la rentabilité unitaire, ce vide commercial affaiblit le réseau de distribution face aux offres concurrentes.
Le blocage technique trouve son origine dans le choix de substituer un circuit de 48 volts au réseau historique de 12 volts. Volkswagen a validé cette reconfiguration alors que les études de la plate-forme SSP (Scalable Systems Platform) étaient largement entamées. Une tension quadruplée alimente des calculateurs à forte consommation électrique, indispensables au fonctionnement d’un véhicule piloté par logiciel. Les sous-traitants européens de premier rang fabriquaient uniquement des pièces calibrées pour le 12 V et ont dû redessiner l’intégralité de leurs composants. L’architecture électrique zonale, développée dans le cadre de la coentreprise chiffrée jusqu’à 5,8 milliards de dollars avec Rivian, a mobilisé des équipes séparées par neuf fuseaux horaires. Tesla commercialisait son Cybertruck en 48 V dès l’année 2023. Trancher tard a transformé une bonne décision en année perdue.
Rouven Mohr, directeur technique d’Audi, affirmait pourtant durant l’été 2026 qu’un lancement en 2028 ne nécessitait aucun correctif de trajectoire. La réalité des plannings a démenti ces prévisions peu après. Gernot Döllner présente dorénavant ce retard comme un aléa technique de développement. La marque maintient sa déclinaison en berline et Avant, dotée d’une silhouette issue du Concept C.
Présentée en juillet 2021 pour remplacer les architectures MEB et PPE, la SSP n’affiche aucune voiture en production cinq ans après son annonce. Le projet de berline Trinity devait débuter en 2026, a glissé en 2028 et se trouve désormais repoussé au-delà de 2030. Le groupe a réduit la voilure en passant de huit à quatre variantes, bien que des engagements financiers soient déjà scellés avec les équipementiers. Les véhicules intégrant les briques logicielles de Rivian attendront la fin de la décennie. Selon les prévisions de la direction, la Golf électrique et l’héritière de l’ID.4 visent 2029, tandis que le T-Roc électrique attendrait 2030.
Pendant ce temps, la concurrence livre ses modèles sur le segment D. Mercedes commercialise sa berline intermédiaire et BMW assemble sa future berline électrique issue de l’architecture Neue Klasse à Munich pour honorer les commandes dès l’automne. Pour maintenir sa présence, Ingolstadt doit occuper le terrain pendant trois ans avec la thermique A5 ou orienter les conducteurs vers l’A6 e-tron, un gabarit supérieur et plus onéreux élaboré sur la plateforme PPE.
Les soubassements existants cessent de servir de passerelle provisoire et deviennent la solution de repli du groupe pour amortir ses usines jusqu’en 2030. La plate-forme MEB modernisée assume les volumes de vente, portée notamment par des variantes comme l’ID.3 GTI de 326 ch et par une ID. Polo dont le carnet de commandes atteint dix mois d’attente. Ce décalage pèse lourdement sur la trajectoire financière. Les analystes évaluent que Wolfsburg pourrait devoir amputer de 14,6 milliards d’euros les budgets alloués aux marques de volume et ponctionner 11 milliards d’euros sur les programmes de la division haut de gamme pilotée par Audi.
Cette désorganisation perturbe l’organigramme du groupe. Le directoire débat de la création d’un poste de directeur technique groupe pour coordonner le logiciel et l’électronique. Gernot Döllner figure parmi les prétendants face à Thomas Schäfer, patron de la marque Volkswagen. Promouvoir le responsable d’un arbitrage sur le 48 V ayant coûté douze mois de commercialisation constituerait un choix contestable devant les actionnaires.

