Les départements marketing ont gavé les automobilistes pendant dix ans avec le conte de fées de l’hybride rechargeable, vendu comme la panacée des conducteurs vertueux soucieux de ne rien sacrifier. Volvo pulvérise cette hypocrisie comptable avec un aplomb désarmant. Sur le marché américain, le constructeur ouvre le carnet de commandes de son nouveau Volvo EX60 dès 59 795 dollars, reléguant le thermique électrifié XC60 hybride rechargeable à 63 940 dollars.
En France, l’inversion des valeurs frappe encore plus fort les partisans du réservoir d’essence de secours. Le SUV familial 100 % électrique s’affiche au tarif officiel de 66 500 euros en version P6 Plus, pendant que l’accès au catalogue du XC60 T6 Recharge réclame un virement minimal de 70 200 euros et grimpe jusqu’à 83 000 euros en déclinaison Ultra. Proposer un modèle à batterie moins cher que son pendant hybride dans un même showroom sonne le glas de la transition timorée.
La plateforme SPA3 liquide les compromis mécaniques
Fini le bricolage des châssis multi-énergies partagés entre réservoir de carburant et cellules logées dans le tunnel central. Sous une carrosserie tirée au cordeau longue de 4,80 mètres, le suédois étrenne la plateforme SPA3, dotée d’un moulage d’aluminium monobloc arrière et d’un pack batterie structurel sous 800 volts. Le bloc électrique arrière de la déclinaison d’accès P6 balance 374 chevaux et un couple disponible sans temps de réponse pour une autonomie homologuée à 620 kilomètres en cycle WLTP. Les citadins égarés sur autoroute avec un hybride déchargé, contraints de tracter deux tonnes d’acier avec un quatre-cylindres thermique en surrégime, apprécieront l’avancée technique. Pour les amateurs de poussées franches sur voie rapide, la version bimoteur P10 AWD dégaine 510 chevaux cumulés avec une cavalerie distribuée aux quatre roues motrices.
Sur les bornes de recharge à haute puissance de nos réseaux autoroutiers, le circuit 800V encaisse des pics jusqu’à 400 kW via la prise standard européenne Combo CCS2. Cette cavalerie électronique gave la batterie de 10 à 80 % en 16 minutes sur les infrastructures Ionity, Fastned ou Electra, reléguant l’attente au rang de pause-café express. Les rouleurs au long cours attendront le lancement ultérieur du sommet de gamme P12 AWD, crédité de 680 chevaux et d’un rayon d’action de 810 kilomètres.
Dans son dossier officiel de présentation, la direction de Volvo Cars assume d’ailleurs cette rupture en confirmant que la propulsion tout-électrique incarne désormais l’unique avenir technique de la marque, reléguant les architectures thermiques hybrides au rang d’expédients d’un autre temps.
Guerre des watts contre Tesla et fin de partie pour le thermique
À bord, l’ergonomie suédoise liquide le mobilier traditionnel au profit d’un gigantesque écran OLED de 15 pouces dopé à l’intelligence artificielle Google Gemini. Si la disparition des commandes mécaniques agacera les conducteurs attachés aux boutons physiques, le confort acoustique compense l’austérité ambiante grâce à une installation optionnelle Bowers & Wilkins à 28 haut-parleurs et un toit panoramique électrochrome. Perché sur un empattement généreux de 2,97 mètres, l’EX60 attaque frontalement le Tesla Model Y tout en préparant la riposte face au futur BMW iX3 de nouvelle génération.
L’équation financière française accélère l’éviction de l’hybridation lourde. Les acheteurs professionnels découvrent un XC60 PHEV accablé par le rabotage des déductions fiscales et le tour de vis du malus au poids, ce couperet qui taxe sans ménagement les véhicules dépassant le seuil des 1,6 tonne. Même privé d’un bonus écologique réservé aux voitures sous la barre des 47 000 euros, l’EX60 compense son investissement par l’exonération totale de taxe sur les émissions polluantes et des frais d’entretien réduits. En faisant payer le plein d’électrons moins cher que le double réservoir essence-électricité, le constructeur suédois achève son propre best-seller thermique sans verser une larme.

