Neuf ans que le mot « bientôt » tient lieu de calendrier, neuf ans que les premiers acheteurs comptent les promesses comme d’autres comptent les jours, et Tesla vient enfin de poser une date officielle. Le 1er octobre 2026, la firme d’Austin dévoilera la version de série de son Roadster de seconde génération, cette bête électrique annoncée en novembre 2017 lors de la présentation du Semi et repoussée à n’en plus finir depuis près d’une décennie.
Le constructeur a publié sur X une image baignée de rouge, volontairement floue, où l’on devine la silhouette du bolide posée sur ce qui ressemble à un pas de tir, accompagnée de la mention « Go for launch » et de la date du premier octobre. Un compte à rebours tourne désormais sur la page de commande officielle. Des invitations numériques ont déjà été envoyées aux clients ayant versé un acompte pour un événement prévu à Waco, au Texas, à 20 h 30 heure locale, soit 2 h 30 du matin en France, selon les cartons d’accès partagés sur les réseaux sociaux. Le choix de Waco ne doit rien au hasard puisque la ville se trouve à une poignée de kilomètres du site de McGregor, là où SpaceX teste ses moteurs-fusées.
Le clou du spectacle portera vraisemblablement sur le pack SpaceX, nom de code interne A71 en hommage au mythique avion espion Lockheed SR-71 Blackbird. Il s’agit d’un ensemble de propulseurs à gaz froid alimentés par un réservoir haute pression en composite, directement hérité des technologies spatiales de la Falcon 9. Elon Musk promet depuis 2018 une dizaine de micro-tuyères réparties autour de la carrosserie, capables de faire encaisser 2,75 g d’accélération aux occupants et de catapulter la voiture de 0 à 100 km/h en 1,1 seconde. La version de base conserverait le chrono initial de 1,9 seconde. Le conditionnel reste de mise tant le milliardaire a érigé le retard en méthode de communication.
Le Roadster équipé de propulseurs ne recevra aucune homologation routière et devrait faire l’objet d’un programme exclusif réservé au circuit en série limitée. La déclinaison homologuée pour la route resterait quant à elle affichée à 200 000 dollars, et 250 000 dollars pour l’édition Founders Series. Ce sont exactement les tarifs annoncés en 2017 quand Tesla encaissait des acomptes massifs de 50 000 et 250 000 dollars. Après une décennie d’inflation mondiale, maintenir une telle grille tarifaire paraît pourtant intenable.
Lars Moravy, vice-président de l’ingénierie automobile chez Tesla, a confirmé un assemblage sur les lignes de la Gigafactory du Texas, avec un début de production désormais envisagé entre 2027 et 2028, soit plus d’un an après la démonstration d’octobre. Un gouffre sépare cette estimation des promesses de 2017 qui annonçaient des livraisons pour 2020, avant que le projet ne s’enlise dans les reports successifs et le silence embarrassé des assemblées d’actionnaires.
Tesla continue pourtant de revendiquer sur son site le titre de véhicule le plus rapide du monde. La fiche technique d’origine annonce toujours une autonomie record de 1 000 kilomètres permise par un pack géant de 200 kWh, une vitesse maximale dépassant les 400 km/h et quatre places à bord. Des caractéristiques figées dans le temps depuis neuf ans, là où le calendrier a fait preuve d’une élasticité remarquable.
Le premier octobre, Waco découvrira enfin si Tesla est capable de faire rugir un bolide à réaction ou s’il s’agira d’un énième tour de piste pour un concept-car sans lendemain. Les invités ont jusqu’au 16 septembre pour confirmer leur venue avec une obligation d’avoir au moins 21 ans. Le sésame reste strictement nominatif et incessible, à l’image d’une promesse qu’on ne peut déléguer à personne.

