La Federal Communications Commission a accordé en juillet une autorisation d’exploitation à la jeune pousse californienne Reflect Orbital pour déployer EARENDIL-1. Ce démonstrateur technologique, programmé pour évoluer à 600 kilomètres d’altitude, embarquera une surface réfléchissante de 18 mètres sur 18. La société entend renvoyer les photons solaires vers le sol pour prolonger la production des centrales solaires après le crépuscule ou éclairer des secteurs frappés par des catastrophes. Ce premier tir préfigure un ensemble bien plus vaste selon les plans déposés par l’entreprise, qui projette à terme une constellation de 40 000 miroirs orbitaux dotés d’une envergure unitaire de 54 mètres de côté. Aucune exploitation n’est évoquée pour la France ou l’Europe, le dossier demeurant sous supervision fédérale américaine.
Face aux promesses de l’opérateur, une équipe de chercheurs apporte enfin des chiffres dans une publication validée par l’Astrophysical Journal. Les mesures physiques indiquent qu’un miroir opérationnel générerait au sol un éclat équivalent à 40 fois la pleine Lune pour un récepteur placé au centre d’un faisceau large de 5,4 kilomètres. La diffusion des particules dans l’atmosphère disperserait cette énergie bien au-delà de la zone visée. À 14 kilomètres de l’axe central, le fond de ciel dépasserait l’éclat lunaire naturel. À 34 kilomètres, l’horizon demeurerait saturé de lumière parasite. Gaspar Bakos, professeur d’astrophysique à l’université de Princeton et coauteur de l’étude, détaille les conséquences pour l’observation :
« Vous ne verriez aucune étoile si vous étiez dans le faisceau. Ce serait pire que les grandes métropoles comme Londres. »
Pour rentabiliser l’infrastructure sur le plan énergétique, le rendement réel des cellules photovoltaïques impose une concentration extrême. Les calculs démontrent qu’il faudrait braquer simultanément au moins 400 miroirs sur une même parcelle afin que les capteurs les plus performants du marché entrent tout juste en production. Une telle convergence produirait un éclat 10 000 fois supérieur à la pleine Lune, tout en restituant à peine 2,4 % du rayonnement diurne habituel. Gaspar Bakos souligne l’ampleur de ce flux lumineux :
« Ce serait quasiment la luminosité du jour, comme juste avant le lever du soleil. Et même là, les meilleurs panneaux s’allumeraient tout juste. »
Dans cette configuration, le halo atmosphérique deviendrait perceptible jusqu’à 80 kilomètres, tandis qu’un crépuscule artificiel recouvrirait un rayon de 15 kilomètres.
Reflect Orbital soutient que ces conclusions émanent d’hypothèses faussées. La startup affirme cibler des zones désertiques, des chantiers isolés ou des fermes solaires à l’écart des agglomérations, tout en avançant que ses plateformes resteraient sous le seuil de perception à l’œil nu lors de leurs phases passives sans toutefois publier les données télémétriques demandées par la communauté scientifique. L’entreprise indique préparer un protocole d’échange avec la National Science Foundation. La menace visuelle dépasse les perturbations causées par les 11 000 satellites du réseau Starlink, dont une trentaine traversent le champ de vision au même instant depuis un site donné. Les engins de télécommunication présentent des gabarits réduits face à des réflecteurs de 54 mètres.
La dispersion lumineuse au sol réserve d’autres anomalies physiques que les concepteurs passent sous silence. Les photons renvoyés par le miroir frappent les infrastructures, les toitures, les plans d’eau ou la végétation avant de rebondir vers la haute atmosphère. Gaspar Bakos avertit : « La pollution lumineuse d’une ville éclairée par le faisceau serait dix à vingt fois supérieure à celle de son propre éclairage artificiel. L’éclairage urbain n’illumine que les rues et les trottoirs, mais ici tout serait baigné de lumière, chaque jardin, chaque cours d’eau. »
Près de 1 900 objections ont été transmises à l’autorité des télécommunications par des scientifiques, des organisations écologistes et des pilotes de ligne. La FCC a écarté ces réserves d’une phrase dans son texte d’attribution en rappelant que l’impact sur l’astronomie optique ne relève pas de son périmètre d’examen. Les projets satellitaires américains bénéficient d’une dérogation au National Environmental Policy Act adoptée dans les années 1980, une époque où une poignée d’engins par an rejoignait l’espace.
Le vide réglementaire international laisse l’orbite basse sans protection face à l’exploitation commerciale de la nuit. Aucun traité ne protège l’obscurité comme un patrimoine collectif, alors que les débats sur la souveraineté des orbites et la régulation spatiale américaine illustrent la prédominance des agences de Washington. La FCC distribue les fréquences radioélectriques sans intégrer le domaine optique, le NEPA ne concerne pas les altitudes orbitales et les observatoires subissent ces autorisations sans voie de recours pour préserver l’accès aux étoiles.

