Le 19 octobre 2026, un petit engin de 25 kilogrammes, baptisé du nom du chien d’Astérix, quittera la Terre à bord d’une fusée H3 japonaise depuis le centre spatial de Tanegashima pour rallier la plus énigmatique des lunes martiennes. IDEFIX, conçu conjointement par le CNES et le DLR (l’agence spatiale allemande), embarquera sur la sonde MMX (Martian Moons eXploration) de la JAXA avec une ambition qui fracture les habitudes de l’exploration interplanétaire… ramener sur Terre les tout premiers échantillons du système martien.
Phobos, ce caillou irrégulier de 27 kilomètres de diamètre qui orbite autour de Mars, n’a jamais été foulé par le moindre robot et nourrit depuis des décennies les théories les plus folles, certains l’ayant qualifié de structure creuse voire de « vaisseau extraterrestre ». Sara Russell, chercheuse au Natural History Museum de Londres et membre de la mission, travaille précisément à enterrer ou confirmer ces spéculations par la science. La sonde MMX atteindra l’orbite martienne courant 2027 après environ un an de transit, puis cartographiera Phobos et sa jumelle Deimos pour sélectionner le site d’atterrissage optimal.
La fenêtre de lancement s’étend jusqu’au 7 novembre, un créneau imposé par l’alignement Terre-Mars qui ne se produit que tous les 26 mois et que la JAXA avait initialement visé en 2024 avant d’être contrainte au report par des problèmes sur le lanceur H3. « Notre rover IDEFIX et la sonde MMX de nos partenaires japonais entameront leur voyage vers le système martien comme une seule et même unité », ont déclaré Markus Grebenstein, chef de projet côté DLR, et Julien Baroukh, son homologue au CNES, dans un communiqué commun. Leurs trajectoires ne divergeront qu’une fois Phobos atteinte, en 2029.
IDEFIX sera alors largué en chute libre depuis une altitude d’environ 40 mètres au-dessus de la surface, sans module d’atterrissage dédié, la gravité quasi inexistante de Phobos rendant l’opération viable malgré la taille d’une caisse de boissons du rover. Une fois posé, l’engin se redressera de manière autonome et déploiera ses instruments scientifiques pour analyser le sol pendant une centaine de jours, dans un environnement où les températures oscillent entre −170 °C et 70 °C. La sonde MMX descendra ensuite elle-même prélever environ 10 grammes de matière avant de reprendre la route vers la Terre, avec une arrivée prévue en 2031.
Derrière la prouesse technique se joue une question fondamentale de planétologie, celle de savoir si Phobos et Deimos sont des astéroïdes capturés par la gravité de Mars ou des fragments arrachés à la planète rouge par un impact géant. Le Japon, déjà fort du succès des missions Hayabusa (retour d’échantillons de l’astéroïde Itokawa en 2010) et Hayabusa2 (astéroïde Ryugu en 2020), possède un savoir-faire unique dans cette discipline. La Russie avait tenté l’exercice avec Phobos-Grunt en novembre 2011 et échoué dès le départ, tandis que la NASA peine encore à définir le calendrier du retour de ses propres échantillons martiens collectés par Perseverance, malgré une feuille de route martienne tracée par la politique spatiale de Trump.
Dix grammes de poussière rapatriés depuis une lune que d’aucuns imaginaient extraterrestre pourraient bien réécrire l’histoire de la formation du système solaire interne, là où seule notre Lune faisait jusqu’ici office de témoin.

