Anthropic a déployé ce jour Claude Fable 5.1 et Claude Mythos 5.1. Deux modèles, les mêmes poids, la même architecture, mais pas les mêmes gardes fous. Avec des résultats qui viennent certainement de rendre très silencieux les couloirs d’OpenAI.
Fable 5.1 double les performances de son prédécesseur sur Terminal-Bench-Science 0.1, le test de référence en recherche scientifique agentique. 52,6 % contre 24,7 % pour Fable 5. GPT-5.6 Sol d’OpenAI, meilleur modèle au monde il y a encore trois semaines, stagne à 22,4 %. Sur AutomationBench, le benchmark des workflows d’entreprise, même scénario : 31,4 % contre 19,6 % pour Sol.
Sur Terminal-Bench 4.0, c’est à dire le codage agentique pur, 55,8 % pour Fable et 60,9 % pour son jumeau Mythos, contre 37,3 % pour Sol. A ce stade ce ne sont pas des marges mais carrément des gouffres. On retrouve le même différentiel à peu de choses près sur CursorBench, OSWorld, Humanity’s Last Exam, GDPval. Sept benchmarks sur sept, Fable 5.1 finit premier ou deuxième derrière son propre frère Mythos.
Les benchmarks internes, on le sait, mentent aussi bien que les promesses électorales. Mais ce qui ne ment pas, c’est quand une firme d’investissement comme Millennium confie qu’un bug intermittent ravageait ses systèmes depuis plusieurs années, que ses ingénieurs avaient tout essayé, que chaque concurrent IA avait échoué, et que Fable 5.1 a trouvé la cause. Le genre d’anecdote qui vaut tous les tableaux de scores du monde…
Fable 5.1 ne se contente d’ailleurs pas d’être plus intelligent. Il est aussi devenu moins paranoïaque. Son prédécesseur Fable 5 avait un problème que tout développeur utilisant Claude Code connaît intimement. Vous lui demandiez de relire un bout de code réseau, il refusait en invoquant un risque de sécurité. Vous posiez une question médicale banale, il se rétractait comme si vous lui demandiez de synthétiser du fentanyl. 60 % de faux positifs en moins sur les requêtes de cybersécurité, 85 % en moins sur la biologie élémentaire et les questions médicales. Le modèle peut désormais identifier des vulnérabilités logicielles sans générer d’exploits fonctionnels. La nuance paraît subtile. Elle est en réalité la frontière exacte entre un outil utilisable par des professionnels de la sécurité défensive et un chatbot qui prend ses utilisateurs pour des criminels en puissance.
Mythos 5.1 est le même modèle sans la muselière. Mêmes poids, même architecture, garde-fous desserrés en biologie avancée et sécurité offensive. Forcément, Anthropic le réserve aux organisations américaines inscrites dans deux programmes vérifiés. Le Cyber Verification Program pour le travail défensif. Le Life Sciences Verification Program, développé avec le gouvernement américain, pour la R&D en sciences de la vie. L’élargissement aux scientifiques individuels et aux partenaires internationaux est annoncé.
Le plus impressionnant est sans doute ce que Mythos est capable de faire en sciences. En conception moléculaire par exemple, le modèle a produit des protéines de liaison dont l’affinité de fixation est 10 fois supérieure aux meilleures soumissions humaines lors des compétitions d’Adaptyv Bio, sur trois cibles thérapeutiques (EGFR, Nipah G, 15-PGDH). Taux de réussite de 50 % sur 12 cibles, quand les méthodes actuelles plafonnent entre 10 et 15 %. En biologie computationnelle, il a réécrit des kernels GPU qui accélèrent sept modèles de deep learning open source jusqu’à 2,5 fois et réduisent les coûts GPU de 30 à 60 %. Ce travail mobilise normalement une équipe d’ingénieurs pendant des semaines. Mythos l’a bouclé en quelques jours à partir du code source public…
Fable 5.1, de son côté, a entraîné un réseau de neurones qui a produit une carte d’élévation haute résolution d’un tiers de la surface de Vénus à partir des images radar de la mission Magellan, vieilles de 30 ans. Résolution portée de 10-20 km à 2-3 km, précision altimétrique améliorée de 25 %. La carte sera même publiée sous Creative Commons avant les missions NASA VERITAS et ESA EnVision. Un modèle de langage qui fait de la cartographie planétaire… on en est là.
Parlons tarif. Le prix des cache reads chute de 75 %, de 1 $ à 0,25 $ par million de tokens soit 25 % d’économies sur un workflow classique, 45 % sur les tâches fortement agentiques où les cache reads représentent le gros de la facture. Les tarifs de base quant à eux ne bougent pas. C’est toujours 10 $/M tokens en entrée, 50 $/M en sortie.
En mode effort faible ou moyen, Fable 5.1 égale ou dépasse les performances de Fable 5 à effort maximal. Les développeurs qui savent calibrer le curseur d’effort en fonction de la complexité réelle de leur tâche vont donc diviser leur facture sans perdre un point de qualité. Le mode effort par défaut est réglé sur High dans Claude Code et Medium sur Claude.ai et Claude Cowork.
Sujet qui fâche… Anthropic glisse au passage sont fameux filigrane textuel invisible dans toutes les sorties de Claude, conformément au Code de pratique sur la transparence de l’IA signé en juillet 2026 par 190 signataires dans le cadre de l’EU AI Act. Le tatouage est statistique et permet de déterminer la probabilité qu’un texte ait été produit par Claude sans contenir aucune information sur l’utilisateur ni sa conversation. L’entreprise jure qu’il n’y a aucun impact mesurable sur la qualité des sorties. Dans le même temps, une API de détection est disponible en preview privée pour les régulateurs, les médias, les fact-checkers et les forces de l’ordre.
Anthropic a aussi renforcé ses mécanismes anti-distillation. Les nouveaux comptes API créés à partir d’aujourd’hui ne peuvent plus éditer manuellement le contexte antérieur d’une conversation multi-tours tout en conservant la transcription de la pensée du modèle. Cette technique était le vecteur principal utilisé par les distillateurs industriels pour extraire les capacités de raisonnement de Claude à grande échelle via des milliers de faux comptes. Les comptes existants ne sont pas encore concernés.
Fable 5.1 est disponible dès aujourd’hui sur toutes les plateformes Claude via l’identifiant API claude-fable-5-1, ainsi que sur AWS, Google Cloud et Microsoft Azure. Mythos 5.1 reste réservé aux participants des programmes CVP et LSVP américains. L’industrie de l’IA ressemble de plus en plus à la course à l’armement nucléaire des années 50. Sauf que les bombes pensent, et que celle d’Anthropic vient de passer devant.

