Sony Music Publishing et Warner Chappell ont déposé une plainte contre Anthropic fin août 2026, accusant la startup d’avoir ingurgité sans licence des dizaines de milliers d’œuvres protégées pour nourrir son modèle d’intelligence artificielle Claude. Les paroles de Mariah Carey, la voix de Marvin Gaye, le riff de Survivor. Tout y est passé.
« All I Want for Christmas is You », « Ain’t No Mountain High Enough », « Eye of the Tiger » figurent parmi les titres explicitement cités dans la plainte, et ces morceaux ne sont que la surface visible d’un catalogue englouti sans qu’aucun dollar ne transite vers les ayants droit. Les deux éditeurs, qui gèrent les droits de certains des plus grands auteurs-compositeurs au monde, réclament des dommages et intérêts dont le montant n’a pas encore été rendu public.
Anthropic rejoint ainsi le banc des accusés où siègent déjà OpenAI et Google, tous deux visés par des poursuites comparables engagées par l’industrie musicale ces derniers mois. Le schéma se répète, plainte après plainte, avec une régularité qui trahit une stratégie coordonnée des majors. Les éditeurs musicaux ont manifestement décidé d’attaquer chaque acteur de l’IA générative un par un, méthodiquement, sans exception.
La question du droit d’auteur appliqué aux données d’entraînement est devenue le champ de bataille juridique le plus disputé de la décennie dans le secteur technologique. Les entreprises d’IA invoquent généralement le fair use américain, arguant que l’apprentissage statistique sur des œuvres ne constitue pas une reproduction au sens du copyright. Les éditeurs musicaux voient dans cette pratique un pillage industriel déguisé en innovation… et comptent bien faire jurisprudence.
Ce qui distingue cette offensive contre Anthropic est la cible elle-même puisque la startup de San Francisco s’est largement construite sur une image de responsabilité éthique, martelant sa volonté de développer une IA « sûre et éthique ». Être poursuivi pour violation de propriété intellectuelle à une échelle aussi massive fragilise forcément ce récit fondateur.
L’industrie musicale a en tout cas bien retenu la leçon des années 2000, quand Napster et le piratage numérique avaient ravagé ses revenus pendant une décennie entière. Cette fois, les avocats ont été déployés avant que le modèle économique de l’IA générative ne se solidifie. Chaque plainte déposée aujourd’hui vise à poser les termes d’un rapport de force pour les négociations de licences qui, tôt ou tard, devront avoir lieu.
Des dizaines de milliers de chansons, des milliards de paramètres, et pas un centime versé aux auteurs. Le procès contre Anthropic ne tranchera pas seul la question, mais il enfonce un clou de plus dans le cercueil du « tout est gratuit pour l’entraînement ». Les machines apprennent vite. La justice, quant à elle, prend son temps.

