Le Tennessee vient d’accorder la toute première licence d’exploitation pour une centrale à fusion nucléaire aux États-Unis, et c’est Type One Energy qui en profite. La société basée à Knoxville obtient le feu vert pour construire un stellarator de 400 MW au Bull Run Energy Complex, sur le site de la Tennessee Valley Authority à Clinton, dans le comté d’Anderson. Le projet, baptisé Project Infinity, vise une mise en service complète d’ici 2034, avec le réacteur Infinity Two capable de produire 800 MW de puissance de fusion pour générer 400 MW d’électricité. Du jamais-vu dans le pays.
La licence découle d’un cadre réglementaire inédit, délégué par la Nuclear Regulatory Commission aux États en 2023, qui traite la fusion sous un régime moins contraignant que la fission (risque quasi nul de fusion du cœur, pas de déchets radioactifs de haute activité, selon l’AIEA). Christofer Mowry, CEO de Type One Energy, souligne que c’est « la première fois qu’un processus de licence spécifique aux centrales à fusion est développé puis utilisé pour accorder une licence opérationnelle à une machine de fusion, conforme au cadre national ». Le Tennessee a même classé le nucléaire en énergie verte, ouvrant droit à des avantages fiscaux et subventions de plusieurs millions de dollars.
Le stellarator se distingue des tokamaks par son confinement du plasma grâce à des champs magnétiques 3D complexes, sans le fort courant électrique interne qui caractérise ces derniers. Une technologie développée en partenariat avec la TVA, le Oak Ridge National Laboratory et l’Université du Tennessee, sur un site chargé d’histoire. Le Bull Run Energy Complex fait effectivement face à Oak Ridge, berceau du Projet Manhattan. La première phase, nommée Infinity One, servira de prototype et de centre de formation des effectifs, avec une mise en service prévue dès 2029. Dans la course à la fusion commerciale, le tokamak SPARC de Commonwealth Fusion Systems, financé à hauteur de 4 milliards de dollars, affiche déjà 80 % d’achèvement et vise un gain net d’énergie dès 2027.
Pour le gouverneur Bill Lee, le Tennessee est « l’épicentre mondial de l’énergie nucléaire » et construit la main-d’œuvre, l’infrastructure et le cadre réglementaire pour mener la prochaine génération d’innovation nucléaire. Les travaux de la première phase démarrent cette année, sur un site dont le permis de construction a été approuvé par le Tennessee Department of Environmental Conservation le 31 août. Des oppositions locales se font entendre, notamment la sénatrice Heidi Campbell et le représentant Ed Butler, qui contestent la rapidité du processus et ses implications environnementales.
Reste à vérifier si les promesses du stellarator se concrétiseront dans les délais annoncés. Mais une chose est certaine, le Tennessee vient de prouver que la fusion nucléaire peut sortir des laboratoires pour entrer dans le monde réel, et Clinton pourrait bien devenir le symbole d’une nouvelle ère énergétique.

