Tesla a officiellement tourné la page de son Solar Roof, cette toiture solaire présentée naguère comme le fer de lance de son offensive énergétique. Le constructeur d’Austin concentre désormais ses efforts sur les panneaux solaires classiques et sur un projet colossal : une méga-usine de fabrication de cellules photovoltaïques à Fort Bend, au Texas, dont le coût est estimé à 10,1 milliards de dollars.
Baptisé « Project Crystal Sun », le site s’établira juste à l’extérieur de Houston, dans le comté de Fort Bend, selon les documents déposés auprès du régulateur texan. Tesla promet la création de plus de 9 700 emplois permanents à temps plein, auxquels s’ajouteront 1 147 postes temporaires de construction. La première pierre devrait être posée cette année, l’achèvement du chantier est prévu pour 2028 et les opérations commerciales débuteront en 2029. Sans incitations fiscales, l’entreprise estime qu’elle devrait environ 1,1 milliard de dollars de taxes foncières locales sur les 37 prochaines années.
Le virage est d’autant plus radical que le Solar Roof aura longtemps symbolisé les ambitions d’Elon Musk dans le solaire, avant de s’enliser dans des problèmes de coûts, de complexité d’installation et de rendements décevants. La promesse d’une tuile élégante, intégrée à l’architecture, s’est heurtée à une réalité industrielle moins glamour… et à des clients qui ont fini par se tourner vers des panneaux conventionnels, plus simples à poser et bien moins chers. Tesla, qui propose désormais des systèmes de panneaux solaires avec option de location à bas prix mensuel, semble avoir tiré les leçons de cet échec.
Dans son argumentaire adressé au bureau du contrôleur des comptes de l’État, l’entreprise prévient que le Texas « raterait l’opportunité d’attirer des milliards de dollars d’investissement, de contribuer à la création de milliers d’emplois à temps plein pour ses résidents et de devenir un pôle de fabrication de cellules solaires domestiques aux États-Unis » si le projet était rejeté. Tesla précise évaluer la faisabilité de cette installation dans plusieurs États américains, mais le choix du Texas, où siège déjà son usine de véhicules, ne doit rien au hasard. Musk a par ailleurs affiché un objectif de 100 gigawatts de production solaire domestique, soit environ 8 % de la capacité totale du réseau électrique américain, selon l’Energy Information Administration.
Reste à savoir si cette usine géante, dont la production pourrait alimenter aussi bien des installations au sol que des satellites (SpaceX, l’autre société de Musk, en exploite des milliers en orbite basse), suffira à redorer l’image d’un groupe qui a longtemps promis de révolutionner l’énergie propre. Le pari est immense, la facture aussi. Mais Tesla, fidèle à sa méthode, avance sans jamais regarder dans le rétroviseur.

