Elon Musk a déterré dès le 20 septembre 2026 sur le réseau social X le dossier du transport Hyperloop en réagissant à une modélisation d’habitats extraterrestres. Son commentaire tenait du refrain habituel : « Voici l’avenir que nous allons concrétiser ». Dans la foulée, le dirigeant de The Boring Company a promis une liaison souterraine reliant Austin à San Antonio à plus de 320 km/h (environ 200 mph) pour expédier ce trajet de 130 kilomètres en moins de 30 minutes au lieu des deux heures et demie d’embouteillages habituels. Les équipes de son entreprise de percement ont vite relayé l’annonce en vantant un trajet continu capable de transporter les Texans depuis un parking d’Austin jusqu’à une table de restaurant à San Antonio.
Cette annonce réactive une confusion entretenue entre deux technologies dissemblables. D’un côté subsiste le Loop, un réseau de galeries municipales où circulent des berlines Tesla ordinaires à 60 km/h sous le centre des congrès de Las Vegas. De l’autre figure le véritable Hyperloop conceptualisé en 2013, un système de navettes propulsées sous sustentation magnétique à l’intérieur de tubes maintenus sous vide. Faire circuler des véhicules routiers à plus de 300 km/h dans un conduit étroit sans dépressurisation se heurte de plein fouet à la limite aérodynamique de Kantrowitz (l’air comprimé devant le bolide agit comme un piston et bloque l’avancée). Pour contourner cet obstacle thermodynamique, l’entreprise devrait forer des tunnels aux diamètres démesurés ou instaurer un vide partiel incompatible avec l’accès spontané de voitures individuelles.
Les usagers américains ont déjà vu défiler ce scénario sans jamais en voir l’aboutissement… Le raccordement promis sous Chicago a fini aux oubliettes des services municipaux, la desserte express du stade des Dodgers à Los Angeles a été définitivement abandonnée, tandis que le couloir entre New York et Washington n’a jamais dépassé le stade de la publication virtuelle. Sur le sol français, les contribuables connaissent bien ce mirage technologique depuis l’abandon de la piste d’essais d’Hyperloop TT sur l’ancienne base militaire de Francazal près de Toulouse, démontée après des années de promesses sans avoir transporté le moindre passager. Toulouse Métropole a d’ailleurs résilié le bail au terme de l’année 2023 pour mettre fin à cette impasse.
L’opérateur a pourtant renfloué sa trésorerie dès le début du mois de septembre 2026 grâce à une levée de fonds de 3 milliards de dollars (environ 2,7 milliards d’euros) souscrite par des investisseurs des Émirats arabes unis, ce qui valorise désormais l’entreprise à 23 milliards de dollars. Cet apport financier servira en priorité aux chantiers entamés dans le golfe Persique, tout en consolidant les opérations texanes.
Sur le plan réglementaire local, The Boring Company n’a déposé aucun dossier de déclaration publique ni la moindre étude d’impact environnemental auprès des autorités texanes. Le tracé théorique le long de l’Interstate 35 traverse le bassin de l’aquifère Edwards, une formation karstique souterraine qui approvisionne en eau potable plus de deux millions d’habitants et fait l’objet de réglementations fédérales très strictes. Forer ce sous-sol calcaire sans garanties géologiques exposerait la région à des pollutions immédiates de sa ressource hydrique. Promettre un conduit futuriste pour esquiver le trafic routier ne coûte rien lors d’échanges informels sur le web. La société perpétue ainsi une stratégie rodée dans la Silicon Valley, où la diffusion d’images de synthèse permet d’occuper l’espace médiatique tout en masquant des années de stagnation technique.

