Le Xiaomi YU7 arrivera en Europe en 2027. La France paiera son ticket d’entrée au prix fort, aux alentours de 45 000 euros pour la version Standard d’après nos estimations. Oubliez les 29 500 euros qui circulent sur les réseaux sociaux, calculés par des convertisseurs de devises. Ce chiffre sort tout droit du catalogue chinois et oublie la douane, les droits compensateurs de Bruxelles, la TVA et le cargo. Pour autant, ce SUV électrique de cinq mètres aux 240 000 commandes fermes en 18 heures lors de son lancement en Chine a tout pour faire transpirer Tesla en Europe.
Lancement en Europe en 2027 et disponibilité sur le marché français
Xiaomi Auto a choisi le salon IFA de Berlin, un temple de l’électronique grand public où l’on vient d’habitude admirer des smartphones et des aspirateurs robots, pour officialiser en septembre 2026 son entrée sur le marché européen en 2027. La marque y a signé des protocoles d’accord avec huit groupes de concessionnaires allemands (Emil Frey Germany, Hahn Automobile, Penske-Jacobs Innovation, Autohaus Dinnebier ou encore LUEG Mobility). Ces documents ouvrent la voie à de vrais contrats de distribution sans en avoir encore la force juridique. Le site international de la marque est en ligne depuis le 26 août. Il annonce bien l’Allemagne pour 2027, sans proposer pour l’instant de configurateur, de tarif local ou de bouton de commande.
L’Allemagne passe en premier parce que Xiaomi y possède déjà son centre de recherche et développement européen à Munich et parce que c’est le premier marché électrique du continent. Il y a aussi une part de provocation. Vendre un SUV chinois au pays de Porsche et de BMW revient à aller taquiner les champions à domicile. Xiaomi a d’ailleurs un très bel argument pour les bousculer avec une YU7 GT qui a bouclé la Nordschleife du Nürburgring en 7 min 22,755 s le 2 avril 2026, soit 14 secondes de moins que le précédent record des SUV. Yu Liguo, vice-président de Xiaomi Auto chargé de l’international, promet des investissements de long terme en Europe, appuyés sur des partenaires locaux.
La France n’a toujours aucune date de sortie officielle. Sa commercialisation interviendra dans un second temps après le déploiement allemand, ce qui repousse l’échéance à la fin 2027 voire au début 2028. Les quelques YU7 qui roulent aujourd’hui sur les routes françaises viennent de mandataires privés et passent par une homologation isolé, une procédure administrative au cas par cas. Leurs propriétaires repartent avec une carte grise durement gagnée, sans concession agréée pour assurer l’entretien et la garantie.
L’estimation du prix en France face au mythe des 30 000 euros
Les 233 500 yuans demandés en Chine pour le YU7 d’entrée de gamme, soit environ 29 500 euros, mettent le modèle 30 000 yuans sous le Tesla Model Y dans les concessions de Shanghai. Ce tarif fait forcément saliver tous les forums automobiles d’Europe. Il ne vaut pourtant que pour un acheteur de Pékin, immatriculé en Chine et rechargé sur une borne chinoise.
Pour arriver en France, le prix d’un véhicule électrique assemblé en Chine s’alourdit à chaque étape. D’abord vient le transport maritime, qui coûte entre 1 500 et 2 000 euros jusqu’au port européen. Ensuite la douane européenne de base à 10 %, puis les droits compensateurs décidés par Bruxelles contre les électriques chinoises (pouvant osciller entre 20,7 % et 35,3 % selon le statut douanier final retenu pour Xiaomi). Au bout de la chaîne, la TVA française à 20 % s’applique sur l’ensemble, auxquels s’ajoutent l’homologation européenne et la marge du distributeur. Partons d’une base de 31 000 euros rendue au port. Après douane et droits compensateurs, on approche déjà 40 500 euros, et la TVA porte la facture vers 48 500 euros. L’export retire certes la TVA chinoise de 13 % du prix de départ, et Xiaomi pourra rogner sur ses marges pour viser un seuil psychologique sous la barre des 50 000 euros. On peut ainsi tabler sur un prix d’appel contenu aux alentours de 45 000 euros.
La facture s’alourdit encore avec la privation du bonus écologique. Le score environnemental français mesure l’empreinte carbone de la fabrication et du transport. Il exclut d’office les voitures produites avec une électricité chinoise très carbonée puis transportées sur 20 000 kilomètres de mer. Le YU7 se présentera donc devant le client sans la moindre aide publique, à côté de rivaux européens subventionnés.
Fiche technique et confrontation avec le Tesla Model Y
Le YU7 mesure 4 999 mm de long, 1 996 mm de large et 1 600 mm de haut. Ses 3 000 mm d’empattement renvoient le Model Y (2 890 mm) au rang de compacte bien nourrie. Le coffre offre 678 litres en configuration normale et monte à 1 758 litres banquette rabattue, de quoi avaler poussette, valises et même le chien sans négociation.
Sous la carrosserie, la gamme s’organise en trois versions. La Standard en propulsion développe 320 chevaux et abat le 0 à 100 km/h en 5,88 secondes. La Pro à transmission intégrale grimpe à 496 chevaux et descend à 4,27 secondes. La Max déchaîne 690 chevaux et colle le conducteur au dossier en 3,23 secondes, un chrono de supercar enfermé dans un SUV familial qui fera rougir plus d’une berline de sport allemande.
Les batteries suivent la même logique. La Standard et la Pro reçoivent 96,3 kWh en chimie LFP, robuste et peu coûteuse, et la Max passe à 101,7 kWh en chimie NMC, plus dense. L’autonomie annoncée va de 760 à 835 km selon le cycle chinois CLTC, très optimiste, ce qui donne une estimation de 580 à 640 km en WLTP. La plateforme 800 volts remonte la batterie de 10 à 80 % en 12 minutes, le temps d’un expresso et d’un croissant. Sur une mesure indépendante, un Model Y Propulsion a eu besoin de 22 minutes pour la même opération.
Le Tesla Model Y Propulsion, assemblé à Grünheide aux portes de Berlin, conserve un avantage de 4 000 à 7 000 euros grâce au bonus écologique dont le YU7 sera privé et dispose d’un réseau de Superchargeurs déjà en place sur tout le continent. Le YU7 Standard répond avec 45 chevaux de plus, 25 centimètres supplémentaires et une centaine de kilomètres d’autonomie en plus… sur le papier. Ce face-à-face oppose une voiture bien réglée à une machine qui a appris à rouler vite sur le Nürburgring et qui a encore tout à prouver. Xiaomi a jusqu’en 2027 pour décider de la part des taxes à absorber directement. De cette décision dépendra le succès du YU7 en France.

