Tesla repousse une fois de plus la présentation du Roadster de deuxième génération, initialement promise pour le 1er octobre 2026 près de Waco au Texas, glisse officiellement au jeudi 15 octobre 2026. Quinze jours de plus pour une arlésienne à batterie qui fait poireauter les fanatiques de vitesse depuis maintenant neuf longues années. À l’échelle d’une décennie de promesses écoulée à regarder défiler des SUV familiaux, deux semaines est une goutte d’eau.
La météo est la grande coupable d ce nouveau report. Un premier mail a devancé la publication officielle validée par l’équipe de direction de Tesla sur le réseau social X : « Nous suivons la météo de près avec des météorologues locaux, mais compte tenu des conditions sévères annoncées et parce que cet événement ne peut se tenir qu’en extérieur, nous avons pris la décision difficile de reporter. » Des orages et 90 % de probabilité d’averses torrentielles menaçaient le tarmac.
L’obligation d’opérer en plein air n’est pas une coquetterie pour apprécier un brushing au vent. Le secret de polichinelle s’articule autour du site d’essais de SpaceX à McGregor, sanctuarisé pour l’occasion par une zone d’exclusion aérienne de l’aviation fédérale américaine. Elon Musk compte faire décoller son engin grâce au fameux pack SpaceX (un arsenal de tuyères à gaz froid empruntées aux propulseurs spatiaux, greffées à la place de la banquette arrière). L’exercice consiste à faire léviter la machine à distance, sans humain à bord. Avec une déflagration pneumatique capable de perforer les tympans d’une tribune et un souffle destructeur, une cascade impossible à effectuer au salon de Genève.
Souvenons-nous du grand-messe de novembre 2017, quand la bête écarlate déboulait de la remorque du camion Semi. Le discours promettait de pulvériser la concurrence avec un 0 à 100 km/h en 1,9 seconde, plus de 400 km/h en pointe et un réservoir d’électrons promettant 965 km d’autonomie. À l’époque, cette fiche technique renvoyait les supercars thermiques à l’âge de pierre. Aujourd’hui, le décor a bien changé. Des monstres comme la Rimac Nevera ou la Yangwang U9 collent déjà les cervicales au fond du baquet à coups de catapultages sauvages. Pour espérer impressionner son monde, Tesla va devoir injecter de la violence bien au-delà des fiches cartonnées d’hier…
Pour s’offrir le droit de rêver, les acheteurs ont d’ailleurs consenti des sacrifices financiers hallucinants. Tesla exigeait dès 2017 la bagatelle de 43 000 euros d’acompte pour la version de base (dont 4 000 euros débités sur-le-champ par carte bancaire), et jusqu’à 215 000 euros versés d’avance pour réserver la série limitée Founders. Une fortune immobilisée pendant des années pour une auto sans fiche d’homologation. Quand bien même l’engin brûlerait la gomme sur les pistes américaines, imaginez la réaction des fonctionnaires de l’UTAC et des technocrates européens face à un bolide armé de bouteilles sous haute pression et d’éjecteurs d’air comprimé. Les régulateurs adorent brider les puissances débordantes, alors faire homologuer des tuyères de fusée sur l’autoroute A6 relève encore du pur délire.
Elon Musk évoquait récemment un calendrier glissant vers 2027 ou 2028. Le lever de rideau du 15 octobre ressemble donc surtout à une manœuvre pour galvaniser les fidèles avant d’enfin réveiller les chaînes de montage. Les amoureux de couple instantané et de relances destructrices prendront leur mal en patience deux semaines de plus. Rendez-vous sur la terre rouge du Texas pour juger sur pièce si le bolide tient son rang.

