Lothar Schupet a passé 23 ans chez BMW Group avant de prendre la tête de Zeekr Europe pour attaquer ses anciens employeurs munichois et Mercedes-Benz sur leurs terres historiques. Initié du sérail bavarois, il pilote aujourd’hui l’offensive du géant chinois Geely (maison mère de Volvo, Polestar et Lotus) et déploie une méthodologie redoutable, six mois après l’ouverture des commandes en France en avril 2026 et les premières livraisons de mai dernier.
Lors du Mondial de l’Auto de Paris 2026, où s’affrontaient une vingtaine de constructeurs asiatiques, le dirigeant a martelé sa feuille de route au micro de Motor1 : « Tout repose sur la puissance d’un géant avec une âme européenne. Avoir tout cet accès à la technologie, aux plateformes, à la chaîne d’approvisionnement et à cette vitesse d’exécution chinoise aide énormément. »
Un break taillé pour l’Europe et des tarifs agressifs face aux marques allemandes
L’hybridation culturelle et technique s’incarne physiquement dans la Zeekr 7GT, un shooting brake dessiné pour le Vieux Continent au lieu d’une importation paresseuse de la berline 007 vendue en Chine. Les ingénieurs répartis dans les centres de recherche et développement en Suède, en Allemagne et au Royaume-Uni via l’écosystème Volvo ont totalement recalibré le châssis, la direction et l’amortissement pour satisfaire des conducteurs européens exigeants sur le maintien de caisse en courbe, là où la clientèle asiatique privilégie le filtrage et la conduite feutrée.
La grille tarifaire française transforme directement cette ingénierie transcontinentale en casse-tête existentiel pour les états-majors de Munich et de Stuttgart. Un acheteur qui signe un chèque de 50 000 euros pour un BMW iX1 ou un Mercedes EQA sous-équipé achète-t-il encore de l’avance technologique ou finance-t-il simplement l’inertie d’un vieux blason ?
Face à ces modèles, ainsi qu’aux Tesla Model Y et Volvo EX30, la gamme dégaine des tarifs particulièrement agressifs :
- Le SUV urbain Zeekr X à partir de 37 990 euros (en 400 V) ;
- Le break Zeekr 7GT dès 45 990 euros ;
- Le grand SUV familial Zeekr 7X à 52 990 euros ;
- Le vaisseau amiral Zeekr 001 autour de 59 990 euros.
Les trois modèles supérieurs profitent d’une architecture de recharge ultra-rapide en 800 V, l’ensemble de la gamme étant couvert par une garantie rassurante de 10 ans ou 200 000 km.
Prolongateur d’autonomie et logistique : la stratégie de Geely pour s’imposer
L’offensive dépasse même le cadre du tout-électrique grâce à la motorisation Super Hybrid, un prolongateur d’autonomie de type EREV où le moteur électrique entraîne les roues tandis qu’un bloc thermique sert de générateur sur autoroute. Cette architecture cible chirurgicalement les acheteurs de berlines allemandes thermiques ou hybrides rechargeables qui redoutent la panne sèche sur les longs trajets, sans parler des gros rouleurs professionnels.
Le patron de Zeekr Europe assume pleinement cette stratégie de transition : « Il s’agit de capter des clients qui ne sont pas encore totalement convaincus par l’électrique. Ils ont besoin de vivre cette expérience. Et ensuite, ce n’est qu’une transition vers leur prochaine voiture, qui sera électrique. »
Réseau et pièces détachées, le nerf de la guerre pour rassurer l’Europe
Les 2 930 véhicules livrés en Europe à fin avril 2026 représentent certes un volume de niche face aux mastodontes historiques, mais cette hausse annuelle de près de 250 % révèle surtout une traction commerciale incontestable. La marque signe actuellement 10 à 15 nouveaux concessionnaires par semaine pour atteindre un cap de plus de 200 distributeurs actifs et 100 points de service sur le continent, tout en avançant prudemment sur des marchés complexes comme la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni.
Un véhicule premium ne vaut strictement rien si son propriétaire attend un pare-chocs ou un calculateur pendant trois mois. Lothar Schupet place donc la logistique après-vente au sommet de ses priorités : « Nous devons assurer sur le service. Les pièces détachées doivent être là. Les délais d’attente doivent être bas. »
Le groupe Geely prépare déjà l’étape suivante de son expansion mondiale en visant une entrée au Canada dès 2027 avant une offensive à plus long terme aux États-Unis, où l’intégration de sa griffe haut de gamme reste encore en suspens. Le vieux continent sert aujourd’hui de laboratoire grandeur nature pour prouver qu’une chaîne d’approvisionnement chinoise pilotée par d’anciens cadres allemands peut faire plier l’aristocratie automobile européenne sur le terrain du châssis, du prix et de la vitesse de charge. Pendant que les constructeurs traditionnels débattent à Bruxelles pour protéger leurs rentes, leurs anciens dirigeants dessinent à Göteborg les véhicules qui vident leurs carnets de commandes.


