Sony verrouille le marché des puces pour consoles portables par la seule force de son carnet de commandes, reléguant ses rivaux aux architectures d’hier dès l’horizon fin 2027. Lors de l’épisode 287 du podcast DF Direct fin octobre 2026, Richard Leadbetter (fondateur de Digital Foundry) a confirmé que la firme japonaise bénéficie d’une exclusivité de fait sur l’architecture graphique mobile AMD RDNA 5 pour sa future PS6 portable baptisée Project Canis. Il n’est pas question ici d’un chèque d’exclusivité commerciale pour bloquer la concurrence : la dure loi des semi-conducteurs gouverne la sélection naturelle.
AMD refuse désormais de mobiliser ses équipes d’ingénieurs sur une puce semi-personnalisée sans la garantie d’écouler au moins 10 millions d’unités, selon les données divulguées par le leaker Kepler_L2. Les masques de gravure en 3 nm chez TSMC (sur le nœud N3P) engloutissent des dizaines de millions de dollars en recherche et développement.
Fort de ses 117 millions de PS4 et de ses plus de 65 millions de PS5 écoulées dans le monde, le géant de Tokyo rassure aisément le fondeur américain. Valve ou Microsoft affichent des volumes bien trop modestes pour amortir un tel ticket d’entrée. Le futur Steam Deck 2 et la console portable Xbox (Project Helix), tout comme les machines d’Asus ou Lenovo, piocheront donc dans des puces standards sur catalogue (telle l’architecture Gainsborough plafonnant à du RDNA 3.5 ou RDNA 4).
Le SoC sur mesure du projet Canis associe 16 unités de calcul (CU) sous AMD RDNA 5 à un processeur hybride alignant 4 cœurs Zen 6c haute densité et 2 cœurs Zen 6 LP dédiés au système d’exploitation. Cette architecture déploie 4,9 TFLOPS pour une enveloppe thermique contenue à 15 W en mobilité et grimpe jusqu’à 6,7 TFLOPS (25 W) une fois posée sur sa station d’accueil. Épaulée par 24 Go de mémoire LPDDR5X et par la mise à l’échelle PSSR 3.0 avec génération d’images par intelligence artificielle, la machine enterre définitivement le concept du PlayStation Portal. Loin des compromis du cloud gaming, cette véritable console nomade exécutera nativement les catalogues PS4 et PS5 en local, sans aucune connexion Wi-Fi requise.
Hideaki Nishino, PDG de Sony Interactive Entertainment, concrétise ainsi dès le lancement de la prochaine génération prévu entre fin 2027 et début 2028 son ambition d’étendre l’écosystème PlayStation « au-delà du salon ». Le succès commercial du PlayStation Portal en France avait préparé le terrain auprès des joueurs. Devant une architecture taillée sur mesure pour le rendement énergétique, les consoles PC recyclant des composants généralistes peineront à rivaliser. En s’offrant le monopole du RDNA 5 portable par la simple loi du volume, Sony condamne le Steam Deck 2 et Xbox à livrer une guerre technologique avec une génération de retard.


