Commonwealth Fusion Systems (CFS) a bouclé une nouvelle levée de 1 milliard de dollars, portant son total à 4 milliards, alors que son réacteur de démonstration SPARC affiche environ 80% d’achèvement sur son site de Devens, dans le Massachusetts. La spin-off du MIT, fondée en 2018, ambitionne de produire un gain net d’énergie dès 2027 puis de connecter sa première centrale commerciale ARC au réseau au début des années 2030.
Le tour de table, le plus important jamais réalisé par une entreprise de fusion depuis la Series B de 1,8 milliard en 2021, réunit des fonds de pension, des fonds souverains, des investisseurs en infrastructures et des partenaires industriels, aux côtés d’ENI et de Google. Ces 4 milliards représentent environ 30% du capital total levé par l’industrie de la fusion depuis ses débuts, un chiffre qui témoigne de l’appétit croissant des investisseurs pour cette technologie. « Nous transformons ce qui semblait impossible en une évidence. Dans les années 2030, nous mettrons la fusion commerciale sur le réseau », assure Bob Mumgaard, CEO de CFS, qui précise que « c’est l’échelle de capital réellement nécessaire pour faire de la fusion sérieusement. Nous aimerions tous que ce soit vraiment, vraiment bon marché… mais nous ne sommes tout simplement pas dans cet univers ».
Le réacteur SPARC, un tokamak à confinement magnétique, commence à ressembler à une machine complète dans les usines du Massachusetts, et CFS affirme qu’il générera de l’énergie nette. La société a déjà soumis une demande d’interconnexion à PJM Interconnection, le plus grand marché de gros d’électricité des États-Unis, une première pour une entreprise de fusion. Les accords d’achat d’électricité signés avec Dominion Energy, Google et Eni couvrent déjà plus de la moitié de la production future de la centrale ARC, un projet de 400 MW à Chesterfield County, en Virginie, sur des terrains appartenant à Dominion. « La fusion émerge comme la prochaine grande chose dans l’énergie, à un moment où nous avons besoin de plus d’énergie pour électrifier tout », ajoute Mumgaard, alors que Dominion fait face à une croissance de la demande de 6%, dans un pays électrique américain déjà sous tension : Morgan Stanley projetait déjà un déficit de 9 à 18 gigawatts d’ici 2028 pour alimenter les data centers.
Mais la course à la fusion commerciale ne se joue pas avec seul cheval puisque Type One Energy développe un stellarator de 400 MW avec la Tennessee Valley Authority, Helion Energy prévoit une centrale de 500 MW avec un accord d’achat de Microsoft, General Fusion vise 2035 et TAE annonce 2031. Aucune de ces startups n’a encore prouvé le gain net d’énergie, un exploit que seul le Lawrence Livermore National Laboratory a réalisé en 2022 par fusion par laser, expérience répétée onze fois depuis. Sa directrice, Kim Budil, estimait alors que la fusion commerciale était « probablement à des décennies » de distance, un scepticisme partagé par Andrew Sowder de l’EPRI, qui souligne que la technologie du blanket tritium « est immature à l’échelle mondiale, même si elle peut être réalisée à grande échelle ».
Le bilan historique plaide d’ailleurs pour la prudence : plus de 150 tokamaks ont été construits depuis les années 1960, aucun n’a démontré de gain net d’énergie, et ITER, le projet international lancé en 2013, ne devrait pas être achevé avant le milieu ou la fin des années 2030. Pourtant, BloombergNEF juge l’élargissement de la base d’investisseurs « très, très significatif », et Chris Gadomski y voit « une reconnaissance croissante que cela va être quelque chose de matériellement important dans la prochaine décennie ». Avec un nouveau CFO recruté chez Moderna et 863 millions levés l’an dernier, CFS avance tambour battant vers sa démonstration de 2027, quitte à défier le scepticisme des experts qui rappellent que la fusion promet une électricité décarbonée avec un combustible plus abondant que l’uranium et sans déchets radioactifs à vie longue… mais seulement si le calendrier tient.
Celui qui veut juger sur pièces peut le faire : la dernière mise à jour vidéo officielle de CFS (juillet 2026), présentée par Bob Mumgaard en personne, fait le tour de l’avancement de l’assemblage de SPARC.

