Des images de configuration ont surgi cette semaine dans le firmware du Quest, extraites par des dataminers et décortiquées par UploadVR, révélant un appareil sans mousse faciale, posé sur de simples plaquettes nasales, dont le poids viserait les 110 grammes. Le futur casque haut de gamme de Meta, désigné en interne sous un nom d’oiseau que personne n’a encore confirmé publiquement, ressemble moins à un héritier du Quest qu’à une paire de lunettes ayant avalé un laboratoire de recherche.
Le design dit « à périphérie ouverte » constitue déjà en soi une rupture franche avec tout ce que la réalité virtuelle grand public a proposé jusqu’ici. Pas de masque englobant, pas de gasket plaqué contre le visage, pas de bulle hermétique. L’appareil reposerait sur le nez comme des lunettes de vue un peu ambitieuses, et le firmware détaille même une procédure de réglage des plaquettes pour ajuster le confort. On est très loin du Quest 3 et de ses 515 grammes sanglés autour du crâne, très loin aussi du Vision Pro d’Apple qui dépasse allègrement les 600 grammes (batterie déjà déportée dans la poche, s’il vous plaît).
Cent dix grammes, le chiffre a de quoi faire rêver, mais il mérite qu’on le regarde avec les deux yeux ouverts. Les Ray-Ban Meta pèsent environ 50 grammes. Les lunettes d’affichage XREAL atteignent 62 grammes sans caméra ni batterie embarquées. Les Snap Spectacles, seul appareil autonome sous la barre des 140 grammes, culminent à 132 grammes avec processeur et batterie dans les branches. Aucun dispositif pesant moins de 130 grammes n’embarque aujourd’hui simultanément un processeur, une batterie et un jeu de caméras. Le futur casque Meta devrait pourtant accueillir des caméras de passthrough, du suivi des mains, du tracking inside-out et un système audio, tout en restant sous cette barre fatidique.
La solution retenue par Meta pour résoudre cette équation tient dans un petit boîtier externe, une sorte de puck relié par câble, qui hébergerait le processeur, la batterie et le refroidissement. Le casque lui-même ne serait alors qu’un ensemble d’écrans micro-OLED et de capteurs. L’architecture rappelle fortement ce que Bigscreen a déjà livré avec le Beyond 2, un appareil de 107 grammes (sans sangle ni interface faciale) proposant du 2560 × 2560 par œil via des dalles micro-OLED et des optiques pancake. Le Beyond 2 coûte 1 019 dollars et nécessite un PC de jeu, des contrôleurs externes et au moins une base station SteamVR vissée au mur. Meta, de son côté, devrait faire tourner Horizon OS sur le puck, rendant l’ensemble autonome… ou du moins semi-autonome.
Les fuites firmware confirment désormais trois éléments que les analystes avançaient depuis des mois, notamment le suivi oculaire, l’espacement ajustable des lentilles et le système de maintien par plaquettes nasales. Les dalles micro-OLED de 0,9 pouce, commandées auprès de BOE et Seeya selon l’analyste Brad Lynch, restent pour l’instant au stade de la rumeur industrielle bien étayée. L’ajout d’un scanner d’iris pour le déverrouillage n’a quant à lui toujours pas de source identifiable.
La question du confort dépasse largement celle du poids brut, et c’est là que le projet devient franchement acrobatique. Le Beyond 2 de Bigscreen répartit ses 107 grammes sur une interface moulée sur mesure à partir d’un scan 3D du visage de chaque acheteur. Meta ne peut évidemment pas proposer un moulage personnalisé à l’échelle de millions d’unités, et doit donc compenser par des clips nasaux amovibles et un écartement motorisé des lentilles. Des lunettes de prescription classiques pèsent entre 25 et 40 grammes. Le dispositif le plus lourd que Meta ait jamais demandé à quiconque de porter sur le nez, les Ray-Ban Display, atteint 87 grammes pour des sessions courtes. Poser 110 grammes sur deux plaquettes pendant une session de travail d’une heure ou deux, personne ne l’a encore fait en conditions réelles.
Le casque ne vise d’ailleurs pas les gamers en priorité. L’interaction reposerait sur le regard et le pincement des doigts, sans manette, orientant l’appareil vers la productivité en écrans virtuels, la consommation de médias et la collaboration à distance. Le successeur gaming du Quest, un projet distinct portant un autre nom de code, suivrait séparément courant 2027, pendant que Valve s’apprête déjà à expédier son casque VR autonome Steam Frame, dont les vidéos retail ont fuité le 20 août.
Meta pourrait dévoiler l’appareil lors de Connect, prévu les 23 et 24 septembre à Menlo Park, mais la commercialisation n’interviendrait probablement pas avant le premier semestre 2027 selon des mémos internes datés de décembre. Le Wall Street Journal évoquait un objectif de prix sous les 1 000 dollars, ambition formulée avant que Qualcomm n’augmente ses tarifs Snapdragon à deux chiffres pour tout produit expédié après septembre, et avant que le prix contractuel de la DDR5 n’ait plus que doublé en un an. Sur les pages retail destinées aux vendeurs, le nom de code « Loma » aurait par ailleurs déjà cédé la place à « Pegasus ».
Quand Mark Zuckerberg montera sur scène en septembre, le chiffre de 110 grammes sera probablement le premier à sortir de sa bouche, et ce sera aussi le moins utile pour savoir si l’objet tient réellement ses promesses. Ce qui comptera vraiment, c’est le prix du puck, la méthode de mesure du poids (avec ou sans sangle, avec ou sans câble) et surtout la sensation d’avoir un petit laboratoire spatial en équilibre sur l’arête du nez pendant plus de dix minutes.

