Amazon a dévoilé mercredi un plan d’expansion vertigineux pour Prime Air, son service de livraison par drones, qui doit s’étendre à près de 500 villes et communes américaines supplémentaires avant la fin 2026, soit une multiplication par six de sa couverture géographique actuelle. L’annonce tombe la même semaine qu’un clip devenu viral sur les réseaux, où l’on voit un drone du géant de Seattle larguer un colis directement dans la piscine d’une résidente texane, comme le montre la vidéo de la scène, offrant au programme le genre de publicité que même le meilleur département marketing n’aurait pas osé scénariser.
Le PDG Andy Jassy avait déjà esquissé l’ambition en avril dernier, évoquant des drones opérant sur onze sites répartis entre l’Arizona, la Floride, le Kansas, la Louisiane, le Michigan, le Nebraska et le Texas, chaque site couvrant environ 175 miles carrés. L’objectif affiché est désormais de desservir des communautés représentant 30 millions de clients potentiels d’ici la fin de l’année, et de livrer 500 millions de colis par voie aérienne avant la fin de la décennie. Sept cent soixante-quinze mille livraisons ont déjà été réalisées par drones en 2026, un chiffre qui donne le vertige quand on se souvient que Prime Air n’était encore qu’une curiosité expérimentale il y a deux ans et demi.
Les zones suburbaines de Chicago, Atlanta, Cleveland ou encore Boise figurent parmi les prochaines cibles de déploiement, et le catalogue de produits éligibles s’est considérablement étoffé pour inclure des millions de références, des repas préparés aux produits électroniques en passant par les cosmétiques, les médicaments et les articles ménagers. Les drones, certifiés Part 135 par la Federal Aviation Administration et équipés d’un système Detect-and-Avoid couplé à des caméras et capteurs embarqués, transportent des colis pesant jusqu’à 2,3 kg et promettent une livraison en trente minutes. Le service est gratuit pour les membres Prime dont la commande dépasse 50 dollars, facturé 2,99 dollars en dessous de ce seuil, et 4,99 dollars pour les non-abonnés.
Lindsey Austen, habitante de Richmond dans la banlieue de Houston, a pour sa part découvert lundi que la promesse de rapidité pouvait s’accompagner d’un certain… manque de précision. Elle a entendu le bourdonnement caractéristique d’un drone au-dessus de sa maison, est sortie en courant caméra au poing, et a filmé l’appareil ouvrant sa trappe pour déposer son colis tout droit dans l’eau chlorée de sa piscine. Le paquet contenait des croquettes pour chat et des semelles orthopédiques destinées à sa fille, deux articles qui ont miraculeusement survécu à leur bain forcé. Austen affirme n’avoir jamais choisi la livraison par drone et avoir reçu sa commande en une vingtaine de minutes, un délai impressionnant si l’on fait abstraction de la destination finale du colis. « Nous vivons à l’ère des Jetsons », a-t-elle ironisé, ajoutant que le vacarme de l’engin l’avait définitivement dissuadée de recourir à nouveau au service.
Lindsay Hamilton, porte-parole d’Amazon, a qualifié ce type d’incident d’« extrêmement rare » et assuré que l’entreprise tire les leçons de chaque livraison ratée pour améliorer ses algorithmes de navigation autonome. La réponse est rodée, calibrée, presque liturgique dans sa formulation, mais elle ne dissipe pas entièrement la question qui se pose à mesure que les drones essaiment au-dessus des banlieues américaines. Quand des centaines de milliers d’appareils sillonneront le ciel de 500 villes, combien de piscines, de toits de voitures ou de massifs de rosiers serviront-ils de zone d’atterrissage involontaire ?
Cette expansion spectaculaire s’inscrit dans une guerre de la rapidité qui oppose frontalement Amazon à Walmart, lequel développe ses propres capacités de livraison express dans les zones suburbaines. La bataille ne se joue plus seulement sur le prix ou le catalogue, elle se joue désormais sur le chronomètre, et le drone est devenu l’arme de choix pour grignoter les dernières minutes entre l’entrepôt et le seuil de la porte. Amazon parie que des millions de consommateurs accepteront le bourdonnement au-dessus de leur jardin en échange d’un colis déposé en une demi-heure, du moins tant que ce colis atterrit sur la pelouse et non au fond du bassin.

