L’automne 2026 d’Apple ne ressemblera à aucun autre, puisque la firme de Cupertino prévoit de dissocier pour la première fois le lancement de sa gamme iPhone en deux fenêtres commerciales distinctes, séparées par plusieurs mois.
Les iPhone 18 Pro, iPhone 18 Pro Max et le très attendu premier iPhone pliable (possiblement baptisé iPhone Ultra) seraient dévoilés lors de l’événement traditionnel de septembre, probablement le 8 ou le 9 du mois. Les modèles non-Pro, eux, glisseraient vers le début 2027. L’iPhone 18 standard, l’iPhone 18e et l’iPhone Air 2 rejoindraient ainsi le catalogue au printemps, dans un calendrier qui rompt délibérément avec la cadence annuelle à laquelle Apple avait habitué ses clients depuis 2012.
Pourquoi un tel découplage ? Trois logiques convergent. La première est industrielle. La chaîne d’approvisionnement d’Apple, déjà sous tension avec la crise mondiale des mémoires RAM et NAND, ne peut absorber la production simultanée de cinq ou six références iPhone à très haut volume. Étaler les lancements permet de répartir la pression sur les fournisseurs de composants, en particulier TSMC (pour la puce A20 Pro gravée en 2 nm) et les fabricants d’écrans OLED. Le pliable, dont la cadence de montée en production serait 30 % à 40 % plus lente que celle d’un iPhone classique selon le leaker Fixed Focus Digital, absorbe à lui seul une part considérable des capacités.
La deuxième logique est commerciale. En concentrant la vitrine de septembre sur les appareils les plus onéreux (les Pro démarreraient 100 à 200 dollars au-dessus de leurs prédécesseurs, le pliable entre 2 000 et 2 500 dollars), Apple maximise le panier moyen pendant la saison des fêtes, période où les consommateurs sont historiquement plus enclins à investir dans du haut de gamme. Réserver les modèles d’entrée et de milieu de gamme pour le printemps crée par ailleurs un second temps fort médiatique, là où le premier trimestre était traditionnellement calme.
La troisième logique tient à l’événement lui-même. Le pliable va dévorer du temps de présentation. Deux écrans (5,5 pouces à l’extérieur, 7,8 pouces déplié), une charnière en alliage de métal liquide, un pli quasi invisible, Touch ID latéral en lieu et place de Face ID, une double batterie de 5 500 mAh… Apple devra convaincre un public dont 64 % déclaraient encore récemment ne pas vouloir de téléphone pliable, selon une enquête CNET. Présenter en parallèle des iPhone 18 standard aurait dilué l’impact de cette démonstration.
L’événement de septembre accueillera aussi, selon les fuites concordantes, l’Apple Watch Series 12, une possible Apple Watch Ultra 4, un iPad mini 8 doté d’un écran OLED hybride de 8,4 pouces et les versions finales d’iOS 27 ainsi que de macOS 27 Golden Gate, avec la refonte tant promise de Siri AI. Un programme déjà très dense pour une keynote qui sera la première présidée par John Ternus, nouveau CEO d’Apple à compter du 1er septembre, après quinze ans de règne de Tim Cook.
Le précédent existe, du reste. En 2017, Apple avait présenté l’iPhone X en septembre avant de ne le rendre disponible qu’en novembre. Le pliable pourrait suivre un schéma comparable, avec une annonce en septembre et une mise en vente décalée de quelques semaines, voire de quelques mois si les difficultés de fabrication rapportées par Nikkei Asia persistent.
Pour l’acheteur qui visait un iPhone 18 standard à prix contenu, la conséquence est limpide dans son ironie : il faudra patienter jusqu’au printemps 2027 ou se rabattre sur un iPhone 17 dont le tarif, lui, aura déjà été relevé par les hausses de juin. Apple transforme ainsi la contrainte logistique en levier de montée en gamme, poussant une fraction de sa clientèle vers les Pro ou, pourquoi pas, vers ce pliable à 2 500 dollars dont personne ne demandait l’existence… et que tout le monde attend.

