Un anneau connecté estampillé Garmin a surgi le 12 août 2026 dans la base de données e-Sertifikasi de l’autorité indonésienne des télécommunications Postel, avant de disparaître le lendemain, comme un fantôme trop pressé de se montrer. Le certificat numéro 125338/DJID/2026, déposé par PT Garmin Indonesia Distribution, désigne sans ambiguïté un « CIRQA SMART RING » fabriqué à Taïwan et classé dans la catégorie « Fitness Product ». Garmin, le colosse de Olathe qui règne sur les poignets des traileurs, triathlètes et randonneurs du monde entier, s’apprêterait donc à glisser sa technologie… sur un doigt.
La manœuvre a de quoi faire bondir quiconque suit l’actualité de la marque, car ses dirigeants avaient encore en février 2026 rejeté publiquement l’idée même d’un anneau connecté. L’argumentaire tenait en quelques mots techniques implacables : budget énergétique trop étriqué, surface de capteur ridicule comparée à un boîtier de montre, qualité de signal dégradée. Six mois plus tard, le propre nom de l’entreprise apparaît dans une certification pour bague connectée, et ce revirement spectaculaire en dit long sur la vitesse à laquelle la miniaturisation des capteurs PPG (photopléthysmographie) et l’efficience des batteries ont progressé ces derniers trimestres.
Le CIRQA Smart Ring constituerait le deuxième produit d’une gamme née en juillet 2026 avec le Cirqa Smart Band, un bracelet fitness dépourvu d’écran commercialisé autour de 199 euros et fonctionnant intégralement sans abonnement. La certification indonésienne distingue nettement les deux appareils, ce qui écarte toute hypothèse de simple rebaptisation du bracelet. Garmin déploie visiblement une sous-marque dédiée au suivi passif de la santé, un territoire où la montre GPS, aussi sophistiquée soit-elle, reste encombrante la nuit au poignet.
Les spécifications officielles n’existent évidemment pas puisque le produit n’a jamais été annoncé, mais l’écosystème Garmin Connect permet de deviner le périmètre fonctionnel avec une certaine confiance. Le suivi du sommeil, le statut HRV, le Body Battery (le score d’énergie maison que des millions d’utilisateurs consultent chaque matin) et le monitoring du stress figurent parmi les fonctions les plus probables. La température cutanée reste conditionnée au type de capteur embarqué, tandis que le suivi sportif actif, domaine où les capteurs au poignet conservent un avantage mécanique sur ceux placés au doigt, demeure incertain.
Oura, Samsung avec son Galaxy Ring, Ultrahuman, RingConn ont déjà solidement structuré le marché de l’anneau connecté autour du sommeil, de la récupération et du suivi passif de la santé. Aucun de ces acteurs ne dispose pourtant d’un écosystème sportif aussi profond que celui de Garmin, ni de sa base installée colossale de montres multisports. Un anneau CIRQA parfaitement intégré à Garmin Connect offrirait aux propriétaires de Fenix, Forerunner ou Enduro un compagnon nocturne naturel, sans rupture de données entre le jour et la nuit. Et si Garmin applique à cet anneau la même philosophie sans abonnement que celle du Cirqa Smart Band, l’avantage concurrentiel face à Oura (dont l’accès complet aux fonctionnalités exige un forfait mensuel) serait redoutable.
Les estimations de prix qui circulent oscillent entre 200 et 250 dollars, certaines sources évoquant un plafond à 299 dollars, et le mois d’octobre 2026 revient avec insistance comme fenêtre de lancement, pile pour la saison des fêtes de fin d’année. Une certification réglementaire ne garantit jamais une date de commercialisation, elle en constitue toutefois un prérequis obligatoire, ce qui ancre fermement le projet dans une réalité industrielle.
Garmin valide par cette démarche une tendance de fond que le marché des wearables dessine depuis deux ans et demi, celle d’un glissement du poignet vers le doigt pour tout ce qui relève du suivi passif de la santé. Quand le fabricant qui a longtemps juré fidélité exclusive au boîtier de montre finit par déposer un dossier de certification pour un anneau, c’est que le segment a définitivement cessé d’être une curiosité pour devenir un terrain de conquête que personne, du moins aucun géant du wearable, ne peut plus se permettre d’ignorer.

