Treize caméras haute fidélité, un milliard de données brutes par seconde, et une puce gravée en 5nm pour tout digérer avant même que le cerveau du véhicule ne prenne la moindre décision. Waymo, filiale d’Alphabet, vient de poser sur la table son arme de guerre technologique, un ASIC conçu sur mesure qui propulse le robotaxi Ojai dans une catégorie de puissance que seul le DRIVE AGX Thor de Nvidia pouvait jusque-là revendiquer. Plus de 1.000 TOPS, mille trillions d’opérations par seconde, le chiffre donne le vertige et dit tout de l’ambition.
La puce n’est pas née dans un garage. AMD, Micron, Samsung, TSMC, Nvidia, Sandisk et Socionext ont été mobilisés, certains partenariats dévoilés pour la première fois en août 2026. Ce système de sixième génération, embarqué dans l’Ojai, fait déjà rouler des passagers à Los Angeles, Phoenix et San Francisco. Waymo affirme que ce véhicule nouvelle génération coûte sensiblement moins cher à fabriquer, à exploiter et à entretenir que ses prédécesseurs, une promesse industrielle qui conditionne tout le reste, car sans économie d’échelle, pas de déploiement massif.
Et le déploiement, justement, s’accélère à une cadence qui ressemble à une offensive. La Nevada Transportation Authority a approuvé à l’unanimité, le 20 août 2026, les demandes de trois opérateurs pour faire circuler des véhicules entièrement autonomes dans le comté de Clark, celui de Las Vegas. Waymo obtient l’autorisation de déployer jusqu’à 1.000 véhicules sur douze mois. Tesla Robotaxi LLC en décroche 5.000, Aviari Services (la branche autonome d’Uber) 1.000 également. Ajoutez les 100 déjà accordés à Zoox, et le comté se prépare à accueillir près de 8.000 robotaxis en un an. Le Strip, l’aéroport Harry Reid, les boulevards saturés de néons… tout le périmètre est concerné, même si l’accès à l’aéroport nécessite encore un feu vert spécifique du comté.
Cent vingt jours, c’est le délai imposé aux trois opérateurs pour lancer leurs opérations commerciales. Quatre mois à peine pour que les premiers passagers montent à bord d’un taxi sans volant, sans pédale de frein effleurée par un pied humain, dans une ville qui accueille quarante millions de visiteurs par an. La question de la congestion, déjà étouffante sur certains axes, n’a même pas eu le temps de refroidir dans les débats que les permis étaient déjà signés.
San Diego entre dans la danse au même moment, la California Public Utilities Commission ayant autorisé Waymo à étendre son service sans chauffeur sur dix-huit comtés californiens, dont Sacramento. Le feu vert final de l’État pour la métropole du sud a été confirmé le 21 août 2026, et les trajets entièrement autonomes y sont désormais imminents. Houston, où Waymo avait déjà testé ses véhicules avec opérateur de sécurité, figure également sur la feuille de route d’expansion, portant à une demi-douzaine le nombre de grandes métropoles américaines où la filiale d’Alphabet entend opérer commercialement.
Ce qui frappe, au fond, c’est la vitesse à laquelle la bascule s’opère. Il y a deux ans et demi, Waymo peinait encore à convaincre les régulateurs d’un seul État. Aujourd’hui, la firme grave ses propres puces, aligne des partenariats avec les géants du semi-conducteur et obtient simultanément des licences dans le Nevada et en Californie. Le robotaxi n’est plus une curiosité de salon technologique, c’est un service qui s’installe dans le quotidien urbain américain avec la régularité d’une ligne de bus.
Les chauffeurs de taxi traditionnels de Las Vegas, eux, regardent arriver cette flotte fantôme avec l’angoisse qu’on devine. Près de 8.000 véhicules sans conducteur sur les routes d’un seul comté en douze mois, le chiffre pèse lourd quand on connaît la fragilité économique du secteur. Et la puce 5nm de Waymo, en réduisant les coûts de chaque véhicule, rend l’équation encore plus redoutable pour quiconque tient un volant pour gagner sa vie. Le futur proche de la voiture autonome ne frappe plus à la porte, il est déjà entré.

