Lightning a couru le 100 mètres en 9,32 secondes, et le monde a basculé dans une autre époque. Celle où une machine bipède, développée par le fabricant chinois de smartphones Honor, dépasse le corps humain sur sa propre piste, dans sa propre discipline. Le record de 9,58 secondes établi par Usain Bolt à Berlin en 2009 tenait depuis dix-sept ans. Il vient d’être fracassé par un humanoïde de métal et de câbles lors d’un test préparatoire aux Jeux mondiaux de robots humanoïdes ouverts samedi à Pékin. La vidéo de la course a déjà fait le tour des réseaux sociaux.
Lightning a atteint une vitesse de pointe de 14,5 mètres par seconde, soit environ 52 km/h, propulsé par des jambes artificielles de 1,05 mètre que les ingénieurs avaient délibérément allongées de dix centimètres depuis le semi-marathon de Pékin en avril. Ce même robot avait alors bouclé les 21 kilomètres en 50 minutes et 26 secondes, battant déjà le record mondial masculin de la distance. L’humanoïde mesure 1,69 mètre. Il court, il enchaîne les foulées, il accélère… et personne ne rit.
Plus de 2 000 robots humanoïdes participent à ces Jeux qui se déroulent sur cinq jours dans l’Ovale national de patinage de vitesse, construit pour les Jeux olympiques d’hiver de 2022. Cinquante et une épreuves sont au programme, du sprint au football en passant par le tennis de table, le tir à la corde et l’haltérophilie, avec seize pays représentés dont l’Allemagne, le Japon et les États-Unis. Lors de la cérémonie d’ouverture, des centaines d’humanoïdes ont défilé en formation synchronisée sur le terrain, offrant une démonstration de puissance technologique que Pékin ne cherche même plus à dissimuler.
Le saut en hauteur a lui aussi livré un résultat stupéfiant, avec un robot de X-Humanoid (entreprise pékinoise) atteignant 2,88 mètres sans élan, pulvérisant le record humain de 2,45 mètres détenu par le Cubain Javier Sotomayor depuis 1993. L’an dernier, lors de la première édition, le meilleur résultat humanoïde plafonnait à 0,95 mètre. En douze mois, la progression a été multipliée par trois.
La Chine fabrique désormais la majorité des robots humanoïdes de la planète, et ces Jeux constituent une vitrine stratégique dans un contexte de rivalité technologique féroce avec les USA. La Commission fédérale des communications américaine a interdit le mois dernier l’importation de nouveaux robots humanoïdes étrangers, invoquant la sécurité nationale. Le Pentagone a de son côté ajouté Unitree, l’un des principaux fabricants chinois, à sa liste d’entreprises soupçonnées de liens avec l’armée chinoise. Pékin a fermement rejeté ces accusations.
Les spectateurs présents dans l’enceinte olympique reconvertie oscillaient entre fascination et vertige. « Au début, je n’acceptais pas vraiment l’intelligence artificielle. J’y étais même un peu résistante, à cause de la possibilité qu’elle remplace les humains », a confié Li Yanfeng, travailleuse dans l’éducation et résidente de Pékin. « Mais maintenant que je vois que ce développement est imparable, j’ai décidé de venir voir par moi-même. » Yang Shangzheng, un autre visiteur, résumait l’état d’esprit ambiant avec une candeur désarmante : « Ces sports sont parfaitement normaux pour les humains, mais maintenant les robots peuvent les pratiquer. Je trouve ça incroyable. »
Les experts du secteur rappellent que ces humanoïdes restent, du moins pour l’heure, cantonnés aux démonstrations, aux performances scéniques et à la recherche. Le déploiement de masse dans les usines, la logistique ou les foyers demandera encore des années de maturation. Pékin parie pourtant sur l’accélération conjointe de l’intelligence artificielle et du hardware pour raccourcir ce délai, injectant des milliards dans une filière que les décideurs considèrent comme un pilier industriel de demain.
Ces Jeux se tiennent la même semaine que la Conférence mondiale de la robotique 2026, également à Pékin, où quelque 3 000 produits ont été présentés. La coïncidence n’en est évidemment pas une. Quand Lightning franchit la ligne d’arrivée en 9,32 secondes, ce n’est pas un chronomètre qui tombe, c’est un symbole. Bolt courait pour la gloire humaine. La machine, elle, court pour un pays qui entend bien ne laisser personne la rattraper.

