Deux mille cinquante-six robots humanoïdes vont déferler sur Pékin du 22 au 26 août, dans une compétition qui ressemble désormais à une olympiade mécanique, organisée pour la deuxième année consécutive par la municipalité chinoise. Le chiffre a de quoi étourdir. L’édition inaugurale, tenue en août 2025, avait déjà réuni plus de 500 machines bipèdes et 280 équipes venues de 16 pays. Douze mois plus tard, la participation a été très exactement quadruplée, avec 666 équipes inscrites et des délégations en provenance des États-Unis, de l’Allemagne, du Japon et du Brésil, qui a d’ailleurs assemblé une formation nationale de cinq équipes issues de la RoboCup.
La domination domestique ne laisse guère de place au suspense comptable, puisque 641 des 666 équipes sont chinoises, adossées à 157 entreprises privées et quelque 200 universités ou instituts de recherche. Les 25 équipes étrangères restantes font figure de contingent symbolique, et pourtant leur présence suffit à donner au rendez-vous une patine internationale que Pékin entend bien polir année après année.
Le programme sportif s’est considérablement étoffé, avec plus de 30 épreuves prévues cette année. Au football et à la course, déjà présents l’an dernier, s’ajoutent le saut en longueur, l’haltérophilie, le tir à la corde et le tennis de table. Chaque discipline a été conçue pour éprouver une compétence distincte, du contrôle moteur fin (frapper une balle de ping-pong avec la bonne inclinaison du poignet) à la robustesse structurelle (tirer un câble sans basculer). Le spectacle promet d’être aussi absurde que fascinant… et surtout parfaitement calibré pour les réseaux sociaux.
Jiang Guangzhi, directeur du Bureau municipal de l’économie et des technologies de l’information de Pékin, a souligné lors de la conférence de presse que « les règles de compétition pourraient évoluer en normes techniques pratiques », une ambition qui dépasse largement le cadre ludique. L’idée est limpidement stratégique, pour ne pas dire industrielle. En soumettant les machines à des environnements reproduisant des usines, des hôtels, des domiciles et des entrepôts logistiques, les organisateurs testent leur aptitude à assembler des pièces, faire le ménage, trier des livres en bibliothèque ou réagir à une situation d’urgence. Le terrain de jeu devient un banc d’essai grandeur nature.
La Chine a déjà bien compris la puissance virale de ses robots bipèdes, comme en témoignent les séquences d’humanoïdes exécutant des figures de kung-fu et de gymnastique lors du Gala du Nouvel An chinois, le 16 février dernier, visionnées des dizaines de millions de fois à travers le monde. Cette mise en scène soignée accompagne une montée en puissance industrielle vertigineuse. La production nationale de robots humanoïdes devrait franchir le seuil des 100 000 unités en 2026, selon un responsable gouvernemental cité en juillet. Les fabricants chinois représentaient, d’après le cabinet Smart Analytics Global, plus de 97 % des expéditions mondiales de robots humanoïdes au premier semestre de cette année.
Cette hégémonie productive suscite toutefois déjà des réflexes défensifs outre-Atlantique. La FCC américaine a restreint le 29 juillet l’autorisation d’importation des robots humanoïdes et quadrupèdes étrangers, invoquant des motifs de cybersécurité, une décision qui pourrait sensiblement freiner l’accès des constructeurs chinois au marché nord-américain. Pékin, en retour, transforme ses jeux robotiques en vitrine diplomatico-technologique, où chaque match de football entre bipèdes titubants vaut démonstration de puissance.
Reste à savoir si ces 2 056 machines, alignées sur les terrains pékinois comme autant de soldats d’une armée encore maladroite, parviendront à marquer un but propre ou à renvoyer correctement un service de ping-pong. La performance sportive, en soi, importe peu. Ce qui compte, c’est que le monde entier regarde.

