Le fabricant de robots humanoïdes Unitree Robotics a fait mercredi 19 août 2026 une entrée fracassante sur le Star Market de Shanghai, son titre bondissant de 542 % dès les premières minutes de cotation pour toucher un pic à 1 100 yuans l’unité, avant de se stabiliser autour de 968 yuans. Une frénésie boursière à la mesure de l’appétit dévorant que la Chine nourrit désormais pour la filière des robots bipèdes, ces machines qui marchent, sautent, dansent et, si l’on en croit les vidéos virales de la firme de Hangzhou, exécutent des saltos arrière avec une désinvolture presque humaine.
L’opération a permis de lever environ 6,1 milliards de yuans (soit un peu plus de 905 millions de dollars), un montant qui propulse d’emblée Unitree dans le cercle très fermé des licornes technologiques chinoises cotées. Le tour de table avait déjà attiré des noms pesants, dont Tencent parmi les investisseurs historiques et, détail savoureux, la société d’intelligence artificielle DeepSeek, qui a injecté quelque 140,8 millions de yuans selon le prospectus d’introduction. Quand le champion du modèle de langage parie sur le champion du robot qui fait des pirouettes, on comprend que la convergence entre IA et robotique physique n’est plus une hypothèse de laboratoire.
Unitree avait soigneusement préparé le terrain en dévoilant lundi, quarante-huit heures avant la première cotation, un nouveau modèle humanoïde baptisé « Superman », capable de bondir à deux mètres de hauteur depuis une position debout et de sprinter à 12,66 mètres par seconde. Deux mètres, c’est-à-dire la hauteur d’un panier de basket. 12,66 m/s, c’est-à-dire environ 45 km/h… soit la vitesse d’un scooter en zone urbaine. Le message marketing est limpidement cinétique, et la Bourse a visiblement adoré le spectacle.
La gamme du fabricant couvre aussi bien les humanoïdes bipèdes dotés de mains dextres (conçus pour manipuler des objets dans des environnements industriels ou logistiques) que des robots quadrupèdes affectés à la détection de dangers sur des sites sensibles. Cette diversité d’applications explique en partie pourquoi les analystes de Morgan Stanley ont fortement révisé à la hausse, dès juin, leurs prévisions de livraisons de robots humanoïdes en Chine, les portant à 50 000 unités pour 2026, soit le double de leur estimation précédente de 28 000. La banque américaine évalue le marché chinois des humanoïdes à 2 milliards de dollars cette année et anticipe une envolée vers 15 milliards de dollars d’ici 2030, les déploiements pilotes devant s’élargir au second semestre 2026, avec les modèles pleine taille représentant environ 30 % des livraisons avant de grimper à 70 % d’ici 2028.
Unitree n’est évidemment pas seul sur ce terrain volcanique. Tesla continue de peaufiner son Optimus, UBTech (déjà coté à Hong Kong) multiplie les contrats industriels, et une constellation de start-up chinoises pousse au portillon. Le Star Market de Shanghai est d’ailleurs devenu en quelques mois le théâtre privilégié de ces entrées en Bourse spectaculaires, après la cotation du fabricant de puces mémoire CXMT le mois dernier, dont le titre avait lui aussi explosé de 466 % lors de son premier jour. Pékin, en orchestrant l’accès de ces pépites technologiques à son marché boursier dédié à l’innovation, alimente délibérément une dynamique où capitaux spéculatifs et ambitions industrielles se nourrissent mutuellement.
La question qui hante tout investisseur rationnel face à une hausse de plus de 600 % en une journée : Unitree vend-elle déjà assez de robots pour justifier une telle valorisation ? Le marché achète-t-il un rêve, celui d’un monde peuplé de machines bipèdes aussi agiles qu’un gymnaste et aussi utiles qu’un ouvrier qualifié ? Les fondamentaux du secteur, portés par la pénurie de main-d’œuvre dans les usines chinoises et les progrès fulgurants de l’IA embarquée, plaident pour une croissance réelle. La vitesse à laquelle le titre a grimpé relève davantage de l’euphorie collective que de l’analyse financière froide.
Unitree a fait son salto arrière en Bourse, et la réception a été parfaite. La véritable épreuve commence maintenant, quand il faudra transformer l’enthousiasme boursier en robots livrés par dizaines de milliers dans les entrepôts et les chaînes de montage du monde entier.

