Higgsfield vient de boucler un tour de table de 400 millions de dollars en Series B, propulsant la startup de génération vidéo par intelligence artificielle à une valorisation de 5,4 milliards de dollars, soit quatre fois celle de son précédent round réalisé il y a à peine huit mois. La plateforme fondée par Alex Mashrabov, ancien architecte des filtres faciaux de Snapchat, s’impose désormais comme l’un des acteurs les plus agressivement financés de la course à la vidéo générative.
DST Global, le fonds de Yuri Milner, a mené cette levée pharaonique, accompagné d’une constellation d’investisseurs dont Tribe Capital, Goldman Sachs Alternatives (via son fonds Equity Growth), Smash Capital cofondé par l’ex-dirigeant Disney Kevin Mayer, Intel Capital, Liberty Global Tech Ventures et NTT DOCOMO Ventures. Les investisseurs historiques Accel et Menlo Ventures ont également remis au pot, tandis que Natalia Vodianova Arnault, top model et investisseuse, rejoint l’aventure comme conseillère. Le signal envoyé au marché est limpidement stratégique… une convergence rare entre capital financier, puissance de calcul, distribution média et expertise créative.
Le revenu annualisé de Higgsfield a atteint 700 millions de dollars en août 2026, un bond vertigineux depuis les 20 millions enregistrés environ un an plus tôt. Cette trajectoire de croissance, qui place la startup dans le premier centile des levées technologiques tardives tous secteurs confondus selon Dealroom, repose sur un virage délibéré vers l’entreprise. « Chez Snapchat, les filtres que j’avais construits étaient principalement utilisés par des adolescents pour se divertir. Chez Higgsfield, nous transformons la façon dont les grandes entreprises gèrent leurs campagnes marketing », a confié Alex Mashrabov, cofondateur et CEO, au Financial Times. La part des revenus générés par les clients professionnels est passée de moins de 25 % en janvier à une écrasante majorité aujourd’hui.
Trente millions d’utilisateurs répartis dans 238 pays et territoires alimentent déjà la machine, et 390 des 500 plus grandes entreprises américaines du classement Fortune utilisent la plateforme pour leur production visuelle. Le déploiement en mai 2026 d’un superordinateur dédié a multiplié par 42 le nombre d’utilisateurs des produits dits « agentiques », ces outils capables d’automatiser la fabrication de séquences vidéo complexes à plusieurs scènes, générant désormais plus de 20 millions de contenus par mois. Des marques comme Dollar Shave Club produisent grâce à Higgsfield plusieurs vidéos quotidiennes là où elles se contentaient auparavant d’un seul asset par campagne.
L’argent frais sera largement fléché vers la puissance de calcul, denrée rare dans l’écosystème de l’IA générative. « Le compute est rare et ce financement nous permettra de réserver des capacités substantielles afin d’offrir un service de premier plan », a précisé Mashrabov. Le reste ira à la R&D, au recrutement de talents en intelligence artificielle et à l’expansion commerciale mondiale, avec un accent particulier sur les produits d’entreprise et la sécurité.
Peut-on encore parler de startup quand on rivalise frontalement avec les divisions vidéo d’OpenAI (Sora), de Google (Veo) et des challengers chinois comme Kling ou MiniMax ? Higgsfield se distingue par un positionnement résolument B2B et une vélocité de revenus que peu de concurrents peuvent revendiquer. Goldman Sachs estime que l’économie des créateurs pourrait bondir de 250 milliards de dollars en 2023 à 480 milliards d’ici 2027, tandis que les dépenses publicitaires numériques devraient atteindre 1 100 milliards à l’horizon 2030, un océan de valeur que la vidéo générée par IA ambitionne de capter.
« Higgsfield donne à chacun des outils extraordinaires pour raconter son histoire. Cela met le pouvoir entre les mains du créatif », a déclaré Natalia Vodianova Arnault, en tout cas pour ceux qui sauront maîtriser ces nouveaux instruments. La startup lance d’ailleurs Higgsfield Academy (400 000 visiteurs, 67 000 cours complétés) et prépare pour septembre 2026 un programme éducatif destiné à 70 000 étudiants et 13 000 enseignants via l’ONG YGA, preuve que la bataille de la vidéo générative se joue aussi bien dans les budgets marketing du Fortune 500 que dans les salles de classe d’Asie centrale.

