Le néo-western déjanté Normal caracole désormais en tête des vues mondiales sur HBO Max après avoir été largement boudé dans les salles obscures du monde entier. Produit pour près de 20 millions de dollars, le long-métrage n’avait récolté que 6 millions de dollars lors de sa sortie au cinéma en avril dernier, essuyant une déconvenue financière cuisante. Ce contraste saisissant montre à quel point les habitudes de consommation cinématographique ont basculé vers le canapé du salon (le grand écran cédant parfois le pas aux algorithmes des plateformes). Les spectateurs s’emparent en masse de cette cavale furieuse emmenée par l’ancien roi de l’embrouille de Better Call Saul, prouvant que le destin d’une œuvre se joue désormais bien après sa première projection.
Bob Odenkirk incarne Ulysses, un shérif par intérim venu chercher la paix dans une bourgade bucolique du Midwest américain avant d’être violemment projeté au cœur d’un braquage de banque totalement déraillé. Façonné par le scénariste Derek Kolstad (le cerveau génial derrière John Wick) et mis en scène par le réalisateur britannique Ben Wheatley avec une frénésie visuelle ahurissante, le film pulvérise la tranquillité trompeuse de cette petite ville. Est-il encore possible de vendre ce genre de divertissement musculaire et impertinent en dehors des réseaux de streaming… sans le sceau d’une franchise établie ? L’intrigue se transforme rapidement en un feu d’artifice de bastons sanglantes, où notre shérif cabossé découvre un secret local effrayant et affronte une galerie de mercenaires baroques.
Avant de retrouver Ulysses en streaming, (re)découvrez la bande-annonce officielle de Normal.
Un score d’approbation de 77 % sur la plateforme Rotten Tomatoes est venu valider ce cocktail survolté qui rassemble aujourd’hui des millions d’abonnés sur HBO Max. Stephanie Zacharek, critique de cinéma pour le magazine Time, souligne d’ailleurs l’énergie communicative du projet : « Normal n’a rien de révolutionnaire, mais il déborde d’un esprit mordant et d’une formidable énergie de série B. » Les spécialistes s’accordent à dire que la puissance de frappe des plateformes redéfinit la seconde vie des fictions d’action, en tout cas pour ce type de polars nerveux qui peinent à remplir les multiplexes. Cette résurrection spectaculaire prouve sans doute que les chiffres d’un premier week-end au box-office ne dictent plus le succès populaire d’un film.

