Werner Gruber a dessiné la LaFerrari, la FXX-K, la Portofino, et voilà qu’il signe aujourd’hui les flancs d’un SUV électrique chinois de cinq mètres, bardé de quatre capteurs LiDAR et propulsé par la technologie Huawei. Le Luxeed RX, dévoilé ce 18 août par Chery et l’alliance Harmony Intelligent Mobility (HIMA), ouvre ses précommandes en Chine dès le 20 août, à 14h30 heure de Pékin, dans ce qui ressemble fort à une déclaration de guerre au Xiaomi YU7.
Gruber, ancien senior exterior designer chez Ferrari à partir de 2010 (un poste qu’il ne faut pas confondre avec celui de chief design officer, toujours occupé par Flavio Manzoni), passé par Pininfarina et désormais vice-président design chez Saleen, a insufflé au RX une silhouette de coupé fastback tendue à l’extrême, des feux arrière pleine largeur et un profil de toit plongeant qui évoque davantage Maranello que Wuhu. Que l’un des crayons les plus prestigieux de l’automobile européenne travaille aujourd’hui pour une coentreprise sino-technologique en dit long sur la capacité d’attraction, et d’absorption, de l’écosystème chinois du véhicule électrique premium.
La fiche technique du RX est franchement démesurée pour un SUV familial. La version à transmission intégrale combine un moteur avant de 160 kW et un moteur arrière de 277 kW, soit 437 kW cumulés, environ 586 ch, alimentés par le groupe motopropulseur DriveOne de nouvelle génération signé Huawei, dont la réponse en couple est annoncée à une milliseconde. Un bouton physique « boost » trône sur le volant et libère temporairement 10 % de couple supplémentaire, gadget jouissif ou vrai outil de performance selon l’usage. La version propulsion arrière, plus sage avec ses 277 kW, cible sans doute un prix d’appel que Chery n’a pas encore révélé.
Les batteries, déclinées en 81,1 kWh et deux packs d’environ 100 kWh montés sur la plateforme Giant Whale de Huawei, promettent jusqu’à 852 km d’autonomie en cycle CLTC (un standard chinois notoirement optimiste, rappelons-le). Le châssis repose sur l’architecture compacte « 343 » de Chery couplée à la plateforme logicielle Turing de Huawei, avec une suspension avant à double triangle tout aluminium, un train arrière à cinq bras, des ressorts pneumatiques double chambre à amortissement piloté et des freins avant à six pistons. L’évitement d’urgence est annoncé opérationnel au-delà de 250 km/h, un chiffre qui, s’il se vérifie en conditions réelles, placerait le système d’aide à la conduite du RX parmi les plus ambitieux du marché.
Quatre capteurs LiDAR équipent le véhicule, une configuration encore rare dans l’industrie où la plupart des concurrents premium chinois se contentent d’un à trois modules. Cette architecture redondante « full-stack » pour la conduite assistée avancée traduit l’obsession de Huawei pour la perception environnementale haute résolution, un domaine où le géant de Shenzhen entend bien imposer ses standards face à Tesla et son approche « vision only ».
Le Luxeed RX sera aussi présenté au Salon de l’automobile de Chengdu, qui ouvre ses portes le 21 août, aux côtés des cinq marques de l’alliance HIMA, dont le Stelato G9 (fruit de la collaboration entre Huawei et BAIC) mis en vente le même jour. Le timing n’est pas anodin… Le Xiaomi YU7, rival désigné du RX avec ses 4 999 mm et ses 508 kW, monopolise l’attention médiatique chinoise depuis des semaines, et HIMA a visiblement choisi de frapper au moment où les projecteurs sont déjà braqués sur le segment.
Le contexte commercial ajoute une couche d’urgence à ce lancement. Les livraisons du Luxeed R7, prédécesseur du RX, ont dégringolé à 772 unités en juillet 2026, soit une chute de 80,5 % sur un an, un effondrement qui rend le succès du nouveau modèle quasi vital pour la crédibilité de la marque. Luxeed affiche pourtant l’ambition d’atteindre un million de ventes annuelles à l’horizon 2030, un objectif qui exige une montée en puissance spectaculaire depuis l’usine intelligente de Chery à Wuhu, dans la province de l’Anhui.
Premier SUV de l’alliance HIMA à porter un nom à base de lettres plutôt qu’un code alphanumérique (S7, R7, V9), le RX marque aussi un virage identitaire, comme si la marque cherchait à se doter d’une grammaire plus internationale, plus lisible pour les marchés qu’elle convoite au-delà de la Grande Muraille. Avec un designer passé par Maranello, une motorisation qui tutoie les 600 ch et un arsenal technologique qui ferait pâlir bien des constructeurs européens, le Luxeed RX pose une question que l’industrie occidentale ferait bien de ne plus esquiver : à quel moment le SUV électrique chinois cessera-t-il d’être perçu comme un outsider pour devenir tout simplement la référence ?

