Le SUV électrique le plus puissant jamais produit en Amérique avec trois rangées de sièges a été dévoilé mi-août sur les pelouses de Monterey Car Week, là où d’ordinaire seules les supercars et les raretés d’avant-guerre ont droit de cité. Le Lucid Gravity GT-S, 1 070 chevaux sous sa robe aérodynamique, abat le 0 à 96 km/h en 3,1 secondes… et conserve de la place pour sept adultes et leurs bagages. Un oxymore roulant, en somme, qui pèse tout de même 2,7 tonnes sur la balance.
En images : la Lucid Gravity GT-S et la Lucid Air Sapphire en édition limitée sur les pelouses de Monterey Car Week.
La motorisation du GT-S puise directement dans le patrimoine de la Lucid Air Sapphire, berline de 1 234 chevaux qui avait déjà secoué l’establishment Tesla lors de son lancement. Lucid a transposé la configuration tri-moteur dans un châssis de SUV familial, en ajustant la puissance à 1 070 chevaux pour tenir compte de la masse et de la vocation polyvalente du véhicule. Le résultat place le Gravity GT-S à hauteur de regard avec des machines aussi affûtées que la Porsche 911 GT3 RS ou la BMW M3 CS sur le chrono du 0 à 100, selon les données publiées par Autocar, ce qui est proprement délirant pour un engin capable d’avaler un voyage familial de sept passagers sans sourciller.
Derek Jenkins, directeur de la création chez Lucid, a résumé l’exercice avec une formule qui dit tout de l’ambition californienne : « Avec le Gravity GT-S, nous avons créé une interprétation plus expressive et plus grisante du SUV Gravity, qui combine une performance extraordinaire avec le confort, l’espace et la polyvalence qui définissent ce modèle. » La rhétorique est rodée, mais les chiffres la soutiennent.
L’arsenal dynamique du GT-S dépasse largement la seule cavalerie brute, puisque le modèle embarque de série le Dynamic Handling Package, un ensemble qui comprend une direction indépendante sur les roues arrière et une suspension pneumatique adaptative à trois chambres. Cette dernière abaisse automatiquement la garde au sol à haute vitesse pour gagner en stabilité aérodynamique, un raffinement habituellement réservé aux berlines de grand tourisme européennes. Peut-on réellement parler de SUV familial quand le châssis se comporte comme celui d’une GT à six chiffres au compteur ?
L’habillage intérieur baptisé Mojave PurLuxe Premium décline le bleu comme fil conducteur esthétique, des surpiqûres sur le volant et les accoudoirs jusqu’aux ceintures de sécurité, en passant par les étriers de frein peints visibles derrière les jantes. Des logos « Lucid Bear » estampillés dans les appuie-tête des sièges avant achèvent de distinguer le GT-S de ses frères Touring (560 ch) et Grand Touring (828 ch), qui paraissent soudain bien sages dans la gamme.
Le tarif d’entrée s’établit à 125 900 dollars aux États-Unis (hors taxes, options et frais de livraison de 1 850 dollars), un positionnement sensiblement inférieur à celui de la Dream Edition, version limitée à 1 070 chevaux qui avait précédé le GT-S en très petit nombre. Le GT-S la remplace désormais comme modèle de série permanent, ce qui traduit la volonté de Lucid de démocratiser (relativement, du moins) sa technologie de pointe. Une sellerie cuir Tahoe optionnelle ajoute 1 300 dollars à la facture pour ceux que le PurLuxe ne suffirait pas à convaincre.
Les commandes sont ouvertes depuis le 13 août, exclusivement sur le marché américain, une restriction géographique qui prive notamment le Canada (où les Gravity Touring et Grand Touring sont pourtant bien commercialisés) et l’Europe de cette déclinaison survitaminée. Le Vieux Continent devra sans doute patienter jusqu’à l’arrivée du futur crossover Cosmos, attendu en production courant 2027, pour goûter à la philosophie performance de Lucid dans un format plus compact.
Lucid a par ailleurs publié début août ses résultats du deuxième trimestre 2026, révélant une production volontairement réduite à 4 774 véhicules (3 953 livraisons) dans le cadre d’un « reset opérationnel » destiné à comprimer les stocks et libérer de la trésorerie. L’entreprise concentre désormais ses ressources sur quatre projets stratégiques prioritaires, tout en restructurant sa culture interne et ses processus qualité. Le GT-S arrive donc à un moment charnière, où chaque nouveau modèle doit simultanément séduire les passionnés et rassurer les investisseurs.
Dans un segment où le Kia EV9 GT plafonne à 501 chevaux et où le Tesla Model X Plaid a récemment quitté la scène, le Gravity GT-S occupe un territoire que personne d’autre ne revendique encore, celui du SUV sept places à plus de mille chevaux vendu en série, un créneau si étroit qu’il fallait peut-être la folie douce d’une start-up californienne pour oser l’occuper.

