L’action Marvell Technology a bondi de près de 5 % lundi, propulsée vers un sommet historique. La raison tient en une ligne. Alphabet, maison mère de Google, discute avec le concepteur de semi-conducteurs pour développer deux nouvelles puces dédiées à l’intelligence artificielle, selon les informations publiées dimanche par The Information.
Deux composants distincts seraient en jeu, notamment une unité de traitement mémoire destinée à compléter les TPU (tensor processing units) de Google, et un nouveau TPU conçu spécifiquement pour l’inférence, c’est-à-dire l’exécution des modèles d’IA après leur entraînement. Google utilise déjà largement ses TPU pour entraîner ses modèles et répondre aux requêtes des utilisateurs, travaillant jusqu’ici avec Broadcom pour la conception de ses puces.
Le rapprochement avec Marvell suggère donc bien une volonté de diversification. Et peut-être un désir d’émancipation vis-à-vis de Broadcom, fournisseur historique dont Meta a pourtant étendu le contrat la semaine dernière, versant 2,3 milliards de dollars l’an passé pour la conception de processeurs IA.
« Il n’est guère surprenant que les rivaux de Nvidia veuillent s’emparer d’une part de ce marché et de la croissance apparente qu’offre le développement de leurs propres produits », a observé Russ Mould, directeur des investissements chez AJ Bell. « Il est aussi logique pour les clients de diversifier leurs sources d’approvisionnement, s’ils le peuvent, afin de répartir les risques technologiques et logistiques. »
Marvell surfe déjà sur une dynamique solidement ancrée. Le titre a progressé d’environ 64 % depuis le début de l’année, après avoir reculé de 23 % en 2025. Nvidia a elle-même investi 2 milliards de dollars dans l’entreprise le mois dernier, facilitant l’intégration des puces personnalisées de Marvell avec ses propres équipements réseau et processeurs. Le groupe prévoit par ailleurs d’atteindre un chiffre d’affaires de 15 milliards de dollars à l’horizon fiscal 2028.
Les géants de la tech accélèrent tous dans la même direction. Google, Meta, Amazon… chacun investit massivement pour réduire sa dépendance aux fournisseurs externes de semi-conducteurs, dans un contexte où la rivalité autour de l’IA s’intensifie à une cadence industrielle. Anthropic, le laboratoire derrière le chatbot Claude, recourt déjà aux TPU de Google pour développer et faire tourner ses modèles.
Marvell se négocie aujourd’hui à 33,35 fois ses bénéfices estimés sur douze mois, contre 27,84 pour Broadcom. Une prime que le marché semble désormais prêt à payer, en tout cas tant que la course aux puces IA personnalisées ne montre aucun signe de ralentissement. Ni Google ni Marvell n’ont répondu aux demandes de commentaires.
La question qui flotte au-dessus de Santa Clara et de Mountain View reste celle-ci. Qui, dans cinq ans, fabriquera réellement les cerveaux de l’intelligence artificielle mondiale ?

