Vingt millions neuf cent mille visionnages contre dix-sept millions huit cent mille. Voilà l’écart qui sépare deux mondes, deux ambitions, deux façons de remplir les écrans pendant la première semaine de juin sur Netflix. D’un côté une comédie romantique tournée pour faire battre le cœur, de l’autre un documentaire qui rouvre l’un des procès les plus scrutés de l’histoire du divertissement. Le duel a tenu ses promesses.
Jennifer Lopez sort vainqueur de cet affrontement, d’une longueur, et trône au sommet du Top 10 mondial des films. « Office Romance », mis en ligne le 5 juin, a doublé tout le monde en quelques heures. La star américaine y joue Jackie Cruz, présidente et directrice générale de la compagnie aérienne Air Cruz, une patronne intraitable qui interdit toute idylle dans ses bureaux. Arrive Daniel Blanchflower, avocat britannique au charme contrariant, campé par Brett Goldstein, le Roy Kent de « Ted Lasso » que personne n’a oublié. Le tandem fonctionne, et le réalisateur Ol Parker a réuni bien au-delà des seuls amateurs de romcom. Selon les données de FlixPatrol, le film règne en tête dans soixante-seize pays, dont la France, les États-Unis, l’Allemagne, l’Argentine ou le Qatar.
Michael Jackson, lui, fascine encore par sa face la plus sombre. La série documentaire « The Verdict », trois épisodes signés Nick Green, débarquée le 3 juin, plonge dans le long procès pour pédocriminalité du Roi de la pop, vingt ans après son acquittement sur tous les chefs d’accusation. Le réalisateur a voulu placer le spectateur « au cœur même des événements ». Cent quarante témoins défilent à la barre, jurés, accusateurs, avocats de la défense, journalistes présents au tribunal. Les audiences n’ayant jamais été filmées, le récit comble le vide par les voix de ceux qui étaient là, sans choisir un camp.
Le contrepied est total avec le biopic d’Antoine Fuqua, cette hagiographie aux 855 millions de dollars récoltés dans le monde et aux cinq millions d’entrées en France, qui avait soigneusement balayé la controverse sous le tapis. Netflix, voyant le triomphe, s’est engouffré dans la brèche. En quarante-huit heures, le documentaire avait raflé la première place mondiale des séries, numéro un dans soixante-dix-neuf pays, avant d’être délogé.
« Sous ses yeux » a justement renversé la table. Cette mini-série bouleversante, « The Witness » en version originale, a séduit treize millions deux cent mille abonnés à travers le globe. Elle exhume un fait divers qui a glacé le Royaume-Uni en 1992, le meurtre d’une femme poignardée en plein jour dans un parc londonien, et déroule le combat d’un père et de son fils pour recoller les morceaux d’une famille brisée. Pendant ce temps, « Berlin » et « The Boroughs » reculent après avoir captivé les fidèles de « La Casa de papel » et de « Stranger Things ».
En France, le classement des films raconte une autre histoire. La comédie « Avec ou sans enfants », boudée dans les salles obscures, connaît une seconde vie en streaming et domine le palmarès, devant « Office Romance » et « Creed 3 ». La trilogie héritée de « Rocky » cogne dans la catégorie des poids lourds, et le dernier volet sorti au cinéma en février 2023 tire son épingle du jeu, même privé de Sylvester Stallone au générique.
Du côté hexagonal des séries, c’est bien le procès de Michael Jackson qui mène la danse, talonné par « Sous ses yeux » et par « Dans la sauce ». Ce roast, arbitré par Paul de Saint-Sernin, oppose les champions du monde 98 et 2018 à une horde d’humoristes qui balancent leurs punchlines au nez d’anciens internationaux réduits au silence… De quoi rire un bon coup avant de retrouver les Bleus de Didier Deschamps.
Vingt millions contre dix-sept. La comédie a battu le procès, le rire a coiffé le drame. Reste une question que personne n’ose poser tout haut. Et la semaine prochaine, qui montera sur le ring ?

