Apple ne déploiera pas son assistant dopé à l’intelligence artificielle dans les 27 pays de l’Union européenne, et accuse le régulateur d’avoir saboté l’affaire. Bruxelles, ce mardi, a balayé l’argument d’un revers de main.
Le décor a été planté ce 9 juin depuis Cupertino. Les cadres d’Apple, réunis face à la presse au siège californien, ont annoncé que Siri AI ne tournerait pas sur les iPhone ni les iPad du Vieux Continent au lancement, prévu plus tard cette année avec iOS 27. Motif invoqué ? La Commission européenne aurait refusé de discuter sérieusement des garanties de confidentialité et de sécurité réclamées par la marque à la pomme.
Greg Joswiak, patron du marketing chez Apple, n’a pas pris de gants. « En substance, une commission qui nous demande de mener une expérience très risquée sur des dizaines et des dizaines de millions d’utilisateurs », a-t-il lâché, ajoutant que la firme ne livrera ces capacités que lorsqu’elle pourra le faire en toute sûreté. Le genre de phrase qui claque dans une salle de presse.
Le cœur du litige porte un nom, le Digital Markets Act. Ce règlement oblige les géants du numérique à ouvrir leurs produits à la concurrence, donc à laisser des développeurs tiers proposer leurs propres assistants vocaux en rival de Siri. Pour fonctionner, un assistant IA doit fouiller dans les fichiers, les photos, les applications, les messages… bref, dans l’intimité numérique complète d’un appareil. Et c’est précisément là qu’Apple a planté son drapeau.
Apple soutient que partager un tel accès avec un acteur extérieur ouvre la porte au vol de mots de passe, de clichés personnels ou à la modification de réglages sans autorisation. La société avait dégainé une parade baptisée Trusted System Agent, un intermédiaire censé permettre aux assistants concurrents d’atteindre les mêmes fonctions que Siri AI sans tout faire dérailler. Craig Federighi, vice-président senior de l’ingénierie logicielle, s’est dit « profondément déçu » du sort réservé à ces propositions.
Bruxelles, en face, raconte une tout autre histoire. Thomas Regnier, porte-parole de la Commission, a démonté la version californienne devant les journalistes. « La décision de ne pas déployer Siri AI dans l’UE appartient à Apple, et à Apple seule », a-t-il martelé. Selon lui, l’entreprise s’est révélée incapable de bâtir des solutions d’interopérabilité respectant les standards européens, et a préféré quémander une dérogation pure et simple à ses obligations.
Cette dérogation, justement, courait sur 18 mois. Apple voulait du temps pour installer son fameux intermédiaire technique avant d’ouvrir l’accès aux assistants tiers. La réponse de Regnier a été cinglante. « Ce n’est pas une option », a-t-il tranché, rappelant que rien dans le DMA n’empêche la firme de lancer de nouveaux produits sur le marché européen.
Les chiffres, eux, donnent le vertige côté enjeux. L’Europe a pesé près de 27 % des ventes totales d’Apple lors de son dernier exercice. Et le bâton brandi par Bruxelles fait mal, une infraction au DMA pouvant coûter jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel mondial. De quoi expliquer pourquoi les deux camps se renvoient publiquement la responsabilité du fiasco.
Ce n’est pas le premier accroc. Apple impute déjà au même règlement le report de plusieurs fonctions sur le continent, dont la recopie d’écran de l’iPhone vers le Mac, la traduction en direct via les AirPods et certaines options géolocalisées dans Maps. Les quelque 450 millions d’Européens devront donc patienter pendant que les Américains, eux, discuteront avec un Siri transformé en véritable chatbot agentique, conçu pour rivaliser avec ChatGPT, Claude ou Gemini.
Apple promet d’amener un jour Siri AI dans l’UE et jure vouloir poursuivre le dialogue avec les régulateurs. Aucun calendrier, en revanche, n’accompagne cette bonne volonté affichée. Reste une question que personne à Cupertino ni à Bruxelles ne tranchera de sitôt, qui finira par céder en premier.

