Apple vient de dynamiter sa feuille de route silicium en sabordant les M6 Pro et M6 Max pour foncer tête baissée vers la série M7. La révélation trahit une obsession pour l’intelligence artificielle embarquée.
La star de ce grand chambardement s’appelle M7 Ultra, une puce pensée pour engloutir jusqu’à 1,5 To de mémoire unifiée, soit environ le double de ce que Cupertino prépare pour son M5 Ultra. Cette nouvelle puce promet un bond en IA locale spectaculaire, une puissance qui la rapproche de la classe des accélérateurs dédiés comme le Blackwell de Nvidia. Rien que ça. Ce colosse ne débarquera pourtant qu’en 2028, dans un Mac Studio taillé pour le développement de modèles et les charges les plus lourdes, à condition que la pénurie de DRAM veuille bien desserrer son étau.
Apple aurait lancé le tape-out du M7 six mois seulement après celui du M6, ce qui lui permet d’avancer toutes ses échéances. Le M7 de base arrivera durant le premier semestre 2027, gravé sur le nœud 18A-P et fabriqué par Intel (une première pour Apple Silicon), avec une bande passante mémoire grimpant à près de 240 Go/s. Les M7 Pro et M7 Max suivront fin 2027, avant que l’Ultra ne coiffe l’édifice l’année d’après.
Le M6 de base, lui, débarquera dès cet automne dans le MacBook Pro d’entrée de gamme, seul rescapé de sa génération. Apple le teste avec une microarchitecture CPU revue, un NPU musclé pour l’IA locale et un GPU passant de 10 à 12 cœurs, un gain de 20 %. La mémoire vise environ 200 Go/s, contre 123 Go/s sur l’actuel M5. De solides fondations… avant le saut dans le vide vers le M7.
Toute cette débauche de silicium raconte une histoire inattendue, celle d’un projet mort. L’Apple Car, abandonnée, avait exigé des composants capables de traiter en temps réel les flux d’un véhicule autonome. Ces briques d’IA sont devenues le socle du Neural Engine, ce moteur neuronal apparu dès 2017 dans l’A11 Bionic de l’iPhone X. « Sans cette impulsion, Apple serait probablement encore plus en retard qu’il ne l’est aujourd’hui en matière d’IA », note Gurman. La voiture fantôme irrigue désormais chaque puce des séries A, S et M.
Le pari d’Apple tient dans un dogme : le traitement local plutôt que le nuage, avec ses arguments de vitesse, de confidentialité et de fonctionnement hors ligne. Le M3 Ultra atteint déjà 819 Go/s de bande passante en fusionnant deux dies Max, et c’est ce sommet de gamme qui porte les charges d’IA les plus voraces. Apple prépare d’ailleurs un serveur IA fondé sur le M5 Ultra (nom de code J246) pour bientôt, puis un second bâti sur le M7 Ultra pour 2029.
Reste l’obstacle qui pourrait faire vaciller tout l’édifice, à savoir la mémoire. Apple a déjà retiré cette année le Mac Studio de 128 Go face à la flambée des prix de la DRAM. Une puce réclamant 1,5 To exigera des volumes autrement plus vertigineux de cette denrée rare. Et derrière, l’horizon 2028 esquisse déjà un M8 baptisé Soko et un Cardinal haut de gamme gravés en 1,4 nm sur le nœud A14 de TSMC. Apple n’a rien confirmé de tout cela. Mais l’appétit, lui, ne fait plus aucun doute.

