La prochaine PlayStation n’a toujours pas de date de naissance officielle, et Sony semble savourer cette ambiguïté avec une délectation presque théâtrale. Lors d’une session de questions-réponses destinée aux investisseurs, Hiroki Totoki, le patron du groupe japonais, a bien confirmé que des investissements étaient déjà engagés dans une « plateforme de nouvelle génération », sans jamais prononcer les mots que tout le monde attendait. Ni calendrier, ni prix, ni même un clin d’œil appuyé vers les fidèles qui rongent leur frein depuis des mois.
Microsoft a pourtant déjà abattu ses cartes en dévoilant le Project Helix, nom de code de sa prochaine console Xbox, fermement orientée vers les fêtes de fin d’année 2027. Des documents internes évoquent l’envoi de versions de référence aux développeurs dès le début de cette même année, et le PDG de la division Xbox a récemment réaffirmé cet objectif dans une note interne malgré la pénurie mondiale de composants. Plusieurs sources industrielles affirment que Sony prépare également la PS6 pour cette fenêtre de lancement… mais le discours officiel reste volontairement flou.
La mémoire, ce petit bout de silicium qui fait tourner les têtes et grimper les factures, constitue aujourd’hui le véritable casse-tête des constructeurs. Les prix restent durablement élevés, dopés par une demande insatiable du secteur de l’intelligence artificielle, et Totoki a lui-même reconnu que cette inflation pèserait encore lourdement sur l’exercice fiscal 2027. Peut-on vraiment lancer une console à un tarif acceptable quand chaque gigaoctet de RAM coûte une fortune ? David Gibson, analyste senior chez MST International, avait déjà prévenu que « Sony pourrait répercuter les futures hausses de coûts sur les consommateurs », un scénario peu réjouissant après la majoration de 100 dollars déjà infligée à la PS5 aux États-Unis cette année.
La PS5 approche d’ailleurs les 100 millions d’unités vendues (93,7 millions très exactement), mais le souffle retombe visiblement. Le dernier trimestre clos fin mars 2026 n’a vu s’écouler que 1,5 million de consoles, contre 2,8 millions sur la même période un an plus tôt, du moins le pire résultat trimestriel depuis le lancement en novembre 2020. Et contrairement à la PS4, qui bénéficiait de baisses de prix successives à ce stade de sa carrière, la PS5 a pris le chemin inverse en devenant plus chère avec l’âge.
GTA 6, prévu pour novembre en exclusivité console, pourrait évidemment rebattre toutes les projections et déclencher une ruée vers le matériel malgré les tarifs gonflés. Sony anticipe pourtant un chiffre d’affaires gaming en recul de 6 % sur l’exercice en cours (environ 28 milliards de dollars), tout en tablant sur un bond de 30 % du bénéfice grâce aux ventes de jeux first-party, notamment le très attendu Wolverine d’Insomniac Games, et l’effacement comptable des pertes abyssales liées à Bungie.
Certains analystes envisagent désormais un report de la PS6 jusqu’en 2028, voire 2029, si la crise des composants alimentée par l’IA ne se résorbe pas. Sony explore par ailleurs de nouveaux modèles économiques et de nouveaux produits pour absorber le choc, et les rumeurs persistantes autour d’une PlayStation 6 portable, plus abordable, prennent ici tout leur sens. Le géant japonais a déjà commencé à modifier la distribution de ses jeux via le PlayStation Plus Extra, en étalant désormais les sorties semaine après semaine dans certains marchés (États-Unis, Royaume-Uni, Japon) plutôt que de tout lâcher d’un coup.
La course à la neuvième génération ressemble donc à un poker menteur où Microsoft mise gros et tôt, pendant que Sony compte ses jetons de mémoire avec prudence, en espérant que le marché finira par lui donner raison avant que la patience des joueurs ne s’évapore.

