Zlancia débarque sur vos écrans avec l’assurance d’un vendeur de montres au marché noir, et à peu près la même crédibilité. Le site promet du trading assisté par intelligence artificielle, des rendements mirobolants, un accompagnement sur mesure. On cherche une mention légale, un numéro SIREN, une adresse physique, un nom de dirigeant… rien. Le néant administratif le plus total, emballé dans un design qui ferait passer un template WordPress gratuit pour une œuvre d’art. Le Whois du domaine masque soigneusement l’identité du propriétaire, comme c’est devenu la norme chez ces plateformes fantômes qui prolifèrent à un rythme que l’AMF peine elle-même à documenter (2 137 cas d’usurpation d’identité recensés en 2025, contre 1 868 l’année précédente).
Le schéma est désormais bien rodé, et Zlancia n’invente strictement rien. On vous appâte avec un article de presse fabriqué de toutes pièces, une célébrité qui aurait « tout révélé en direct à la télévision », un lien qui ressemble vaguement à celui d’un média national mais dont l’URL commence par un domaine obscur que personne ne prend le temps de vérifier. Les onglets du site renvoient tous vers le même formulaire d’inscription. Le piège se referme dès que vous entrez votre numéro de téléphone.
Le mécanisme bien huilé du dépouillement
La mécanique financière de Zlancia reproduit trait pour trait celle de ses clones, qu’ils s’appellent Elan Syvor, Dynamic Trevion ou Bit GPT. Un premier versement est exigé, souvent présenté comme un « accès formation » ou un « dépôt minimum de trading ». Derrière cette porte payante, des vidéos préenregistrées d’une banalité confondante et un chatbot qui répond avec la chaleur humaine d’un répondeur de centre des impôts un 15 août. Aucun formateur en chair et en os, aucune plateforme de trading fonctionnelle, aucun outil qui justifierait ne serait-ce qu’un centime.
La proportion de Français victimes d’arnaques à l’investissement a pratiquement triplé en trois ans, passant de 1,2 % en 2021 à 3,2 % en 2024, et des entités comme Zlancia alimentent très exactement cette statistique. Les témoignages qui remontent sur les forums spécialisés et les groupes de signalement racontent invariablement la même séquence. On verse. On découvre le vide. On demande un remboursement. On se heurte au silence. Pas d’interlocuteur, pas de procédure, pas de recours identifiable. L’argent a disparu dans un circuit que même un comptable judiciaire aurait du mal à remonter.
Des faux articles, de fausses célébrités, de vrais dégâts
Zlancia s’appuie, pour ne pas dire se vautre, sur des techniques de manipulation qui exploitent la confiance que les Français accordent encore à leurs médias. Des pages entières imitent la maquette du Figaro, de BFM ou de Capital, avec des logos aux couleurs légèrement décalées et des interviews inventées de A à Z. Un patron du CAC 40 aurait « révélé le secret des marchés ». Un présentateur télé aurait « claqué la porte en direct après avoir découvert cette application ». Tout est faux. Tout est fabriqué avec une minutie qui confine à l’obsession, sauf que personne ne prend cinq secondes pour vérifier l’URL dans la barre d’adresse.
L’AMF a documenté cette explosion des usurpations et maintient une liste noire publique, consultable par n’importe qui disposant d’une connexion internet. Le réflexe devrait être aussi automatique que de regarder des deux côtés avant de traverser. Il ne l’est pas. Et c’est précisément ce que Zlancia et ses semblables exploitent avec un cynisme méthodique.
Quand le copy trading existe vraiment, sous régulation
Le concept de répliquer les stratégies de traders expérimentés n’a rien d’une escroquerie en soi, à condition qu’il soit encadré par des autorités de régulation qui ont le pouvoir de sanctionner. eToro propose cette fonctionnalité de copy trading sous la supervision de trois régulateurs financiers (la CySEC à Chypre, la FCA au Royaume-Uni et l’ASIC en Australie), avec des fonds ségrégués, un historique de performances vérifiable pour chaque trader copiable, et surtout la possibilité de retirer son argent sans qu’un prétendu conseiller invente des « frais de déblocage » sortis de nulle part.
Zlancia n’a ni régulateur, ni comptes à rendre, ni existence juridique traçable. eToro affiche ses obligations légales en toute transparence, y compris le fait que 51 % des comptes d’investisseurs particuliers perdent de l’argent en négociant des CFD sur sa plateforme. Cette honnêteté-là, aussi déplaisante soit-elle, constitue déjà la preuve d’un cadre que Zlancia ne connaîtra jamais. Les CFD restent des instruments à effet de levier qui comportent un risque élevé de perte rapide en capital, et quiconque s’y engage doit évaluer sa capacité à absorber ce risque.
Entre une entité fantôme qui disparaîtra avec votre virement et une plateforme régulée qui publie ses propres statistiques de pertes, le choix ne devrait même pas en être un.

