Revolut a obtenu une approbation conditionnelle de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) pour opérer comme banque nationale aux États-Unis, après un premier échec retentissant en 2021 via les régulateurs californiens et un retrait de sa candidature en 2023. L’entité Revolut Bank US, N.A. pourra, une fois les conditions levées, exercer sous un cadre fédéral unique dans les 50 États, accéder directement à Fedwire et au réseau ACH, proposer des dépôts assurés par la FDIC et distribuer des stablecoins.
Nik Storonsky, fondateur et CEO, a qualifié cette approbation de « jalon décisif vers la première plateforme bancaire véritablement mondiale », et la formule n’est pas gratuite quand on pilote 70 millions de clients répartis dans 40 marchés avec une valorisation de 75 milliards de dollars issue d’une vente secondaire de novembre 2025. La fintech londonienne fonctionnait jusqu’ici aux États-Unis grâce à un partenariat avec Lead Bank, une institution de Kansas City, c’est-à-dire un arrangement de sous-traitance qui la privait de toute autonomie sur les rails de paiement américains. Ce bricolage appartient désormais au passé.
Circle, Ripple, BitGo, Fidelity Digital Assets et Paxos ont décroché des approbations conditionnelles de charte dès décembre 2025, Nubank en janvier, Crypto.com en février. Revolut s’ajoute en septembre à cette cohorte de fintechs et d’acteurs crypto qui obtiennent exactement ce que JPMorgan et Bank of America considéraient comme leur chasse gardée. Le régulateur fédéral américain construit, brique par brique, un système bancaire parallèle dont les fondations sont numériques et dont la monnaie programmable est le stablecoin.
Revolut a renoncé en janvier à racheter une banque américaine existante pour privilégier une charte de novo, un choix qui exige davantage de capital et de patience mais qui offre une liberté architecturale totale. Cetin Duransoy, nommé CEO pour les États-Unis avec plus de 20 ans d’expérience dans les paiements et la banque (ancien patron américain de la marketplace Raisin), remplace Sid Jajodia, promu au poste de global chief banking officer. La nomination est révélatrice d’une ambition précise, celle de bâtir une infrastructure de crédit et de distribution de stablecoins sans hériter des systèmes informatiques vétustes d’un établissement racheté.
Pourquoi la distribution de stablecoins change-t-elle la trajectoire de Revolut sur le marché américain ? Parce qu’une licence bancaire fédérale transforme la fintech en émetteur potentiel ou en distributeur agréé de jetons adossés au dollar, avec un accès natif aux systèmes de règlement de la Réserve fédérale. Quand Kraken obtient un master account à la Fed la veille du dépôt de candidature de Revolut, le signal envoyé par Washington n’a rien de subtil. Les stablecoins ne sont plus tolérés en marge du système bancaire, ils y sont absorbés.
Les 75 milliards de dollars de valorisation de Revolut reposent aujourd’hui sur un pari que la plupart des analystes hésitent encore à formuler ouvertement, à savoir que la prochaine génération de banques mondiales ne distribuera pas seulement des comptes courants et des cartes de crédit, mais pilotera la circulation de dollars tokenisés entre continents, en temps réel, pour une fraction du coût des virements SWIFT. La charte conditionnelle de l’OCC est le permis de construire, le stablecoin est le produit qui remplira l’immeuble.

