Les actifs détenus par les clients de 18 à 29 ans de la néobanque berlinoise N26 ont bondi de 45 % au premier semestre 2026, un rythme qu’aucune autre tranche d’âge n’a approché sur la même période. Cette cohorte, longtemps cantonnée au rôle de déposante frugale, représente désormais 28 % de l’ensemble des investisseurs en actions et en actifs numériques de la plateforme, et les moins de 35 ans pèsent collectivement la moitié de la base totale.
Le phénomène tient à l’arrivée massive de novices sur les marchés. Une enquête menée auprès des primo-investisseurs du semestre révèle que 89 % des répondants Gen Z se décrivent comme débutants et que 3 % seulement se jugent expérimentés. L’investissement devient alors un geste inaugural, quasiment banal, enchâssé dans une application bancaire quotidienne… là où la génération précédente franchissait la porte d’un conseiller.
Les ETF captent à eux seuls près de 60 % du capital investi (hors actifs numériques) par cette génération, soit environ le double de la part allouée aux actions individuelles et six fois celle réservée aux fonds gérés par des professionnels. La prédominance des fonds indiciels cotés traduit un réflexe de diversification à moindre coût, parfaitement calibré pour des portefeuilles encore modestes. Quand la Gen Z achète des titres en direct, elle cible toutefois des noms qui saturent le bruit médiatique, notamment NVIDIA, Rheinmetall et SpaceX, trois valeurs parmi les plus échangées sur N26 durant la période.
Ausra Cesnaite, directrice de l’autonomisation financière chez N26, situe cette dynamique dans un contexte réglementaire européen favorable « L’Europe possède une culture de l’épargne bien établie, et les décideurs politiques cherchent aujourd’hui comment orienter davantage cet argent vers les marchés de capitaux. Nos données suggèrent que les jeunes Européens pourraient être en train de modifier leur manière de construire un patrimoine. »
Le discours de la néobanque épouse celui de Bruxelles et de l’initiative Capital Markets Union, qui ambitionne de recycler l’épargne dormante du continent vers l’économie productive. Que N26 publie ces chiffres au moment où la Commission intensifie ses consultations sur la « retailisation » des marchés n’a rien de fortuit. Le bénéfice est réciproque, la plateforme légitime son modèle de courtage intégré et les régulateurs trouvent un relais de terrain crédible.
La question qui subsiste porte sur la profondeur de l’engagement. Un portefeuille Gen Z adossé à 60 % d’ETF résistera mieux qu’un compte mème-actions à la prochaine correction, mais la quasi-totalité de ces investisseurs se déclarent débutants, et un marché haussier reste le pire professeur de gestion du risque.

