Nikolas Storonsky, le fondateur de Revolut, a bâti en dix ans une néobanque qui pèse déjà 75 milliards de dollars sur le marché secondaire, et veut désormais décupler la mise avec une introduction en bourse calibrée pour pulvériser tous les records de la fintech européenne. Selon des investisseurs informés par la direction, la licorne britannique ambitionne d’entrer sur les marchés publics avec une valorisation comprise entre 150 et 200 milliards de dollars, un palier qui ferait à lui seul de Storonsky l’un des hommes les plus riches de la planète. Mais ce n’est que le premier acte d’un scénario bien plus grandiose…
Le patron de Revolut a en effet négocié un mécanisme d’intéressement extraordinaire, un package d’actions conditionnelles dont le déclenchement est directement indexé sur des seuils de valorisation stratosphériques. Sa participation personnelle dans l’entreprise (il détient déjà près d’un tiers du capital) bondirait de 10 points supplémentaires si certains objectifs liés à la valeur boursière étaient atteints, notamment le cap des 200 milliards de dollars. Et la rumeur, persistante dans les cercles d’investisseurs londoniens, évoque un horizon encore plus fou, celui des 500 milliards, qui activerait des tranches additionnelles transformant ce package en l’un des dispositifs de rémunération les plus démesurés jamais conçus dans le secteur bancaire mondial.
Qui, parmi les banques traditionnelles, peut encore prétendre jouer dans la même cour ? À 200 milliards de valorisation, Revolut surpasserait déjà les capitalisations combinées de Barclays, Deutsche Bank et Société Générale. À 500 milliards, la néobanque tutoierait les géants américains comme Goldman Sachs ou Morgan Stanley, un exploit proprement inédit pour une entreprise née dans un espace de coworking londonien en 2015.
L’IPO elle-même ne verra pas le jour avant 2028, selon les déclarations de Storonsky à Bloomberg. « Nous sommes une banque, et pour une banque, la confiance est absolument essentielle », a-t-il expliqué lors de l’émission The David Rubenstein Show. « Les entreprises cotées inspirent davantage confiance que les entreprises privées. » Ce délai de deux ans n’est pas un aveu de faiblesse, c’est une stratégie d’accumulation méthodique. La direction prévoit d’organiser de nouvelles ventes secondaires d’actions (à un rythme de douze à vingt-quatre mois) pour offrir des fenêtres de liquidité aux premiers investisseurs et aux salariés, tout en laissant grimper la valorisation dans un environnement contrôlé, loin de la volatilité des marchés publics.
Les chiffres opérationnels donnent à cette ambition un socle redoutablement concret. Revolut a engrangé 4 milliards de dollars de revenus en 2024, avec un bénéfice avant impôts de 1,4 milliard, et la direction projette pour l’exercice 2026 un chiffre d’affaires de 9 milliards assorti d’un résultat net de 3,5 milliards. Cette trajectoire, si elle se confirme, placerait la fintech parmi les établissements bancaires les plus rentables d’Europe, avec une marge nette que bien des institutions centenaires lui envieraient.
L’expansion géographique alimente cette machine à croissance avec une intensité presque frénétique. Revolut revendique aujourd’hui plus de 70 millions d’utilisateurs répartis dans une centaine de pays, dispose de licences bancaires en Lituanie, au Royaume-Uni et au Mexique (où les opérations complètes ont démarré en janvier 2026), et a déposé en mars 2026 une demande de charte bancaire nationale aux États-Unis auprès de l’Office of the Comptroller of the Currency et de la Federal Deposit Insurance Corporation. « Cette charte nous donnera le contrôle direct nécessaire pour innover plus vite et offrir l’expérience Revolut à des millions d’Américains supplémentaires », a déclaré Nikolas Storonsky, qui vise le cap des 100 millions de clients.
Le marché américain représente sans doute la variable la plus déterminante dans l’équation des 500 milliards. Sans une présence bancaire pleine et entière outre-Atlantique, atteindre ce niveau de valorisation relèverait du fantasme. Avec elle, Revolut pourrait capter une part du gigantesque marché des dépôts et du crédit à la consommation américain, un réservoir de revenus récurrents capable de justifier, aux yeux des marchés, des multiples de valorisation dignes des plus grandes plateformes technologiques.
Une nouvelle vente secondaire serait d’ailleurs envisagée pour la fin 2026, susceptible de propulser la valorisation au-delà des 100 milliards de dollars bien avant toute cotation officielle. Chaque palier franchi en privé renforce la position de négociation de Storonsky, consolide la crédibilité du dossier auprès des futurs investisseurs institutionnels et, accessoirement, rapproche le fondateur de l’activation de ses tranches d’actions conditionnelles.
Reste une question que personne dans la City ne peut esquiver, du moins pas indéfiniment. Revolut, valorisée à 500 milliards, serait-elle encore une fintech ou déjà autre chose, un hybride inédit entre plateforme technologique globale et banque universelle, un animal financier que les grilles d’analyse traditionnelles peinent à appréhender ? La réponse viendra en 2028, quand les marchés publics devront enfin mettre un prix définitif sur l’ambition démesurée de Nikolas Storonsky.

