Les établissements bancaires américains envisagent désormais d’émettre leurs propres stablecoins, selon une enquête exclusive du Wall Street Journal publiée le 26 août 2026. Grandes enseignes et banques régionales explorent des produits ou des services liés à ces jetons sans avoir encore formalisé de lancement. Un retournement de doctrine qui en dit long sur la pression exercée par Tether, Circle et les géants de la tech sur le territoire sacré des paiements.
JPMorgan, première banque américaine a confirmé étudier la création d’un stablecoin, tout en rappelant qu’elle n’en possède pas à ce jour. Une porte-parole a indiqué que l’établissement, dont le patron Jamie Dimon avait lui-même alerté sur la nécessité d’explorer cette piste face à la concurrence des fintechs, « réévaluerait ses options à mesure que la demande et la réglementation évolueraient ». JPMorgan opère déjà le JPM Coin sur sa plateforme blockchain Kinexys, un jeton qui reste un dépôt tokenisé donnant droit à une créance sur la banque, et non un stablecoin adossé à un portefeuille de réserves. La distinction engage pourtant des choix de bilan, de supervision et de portabilité sur la blockchain.
Plus d’une douzaine de banques songeraient à rejoindre un consortium dont les contours restent flous. C’est le cas de Bank of America, Wells Fargo et Santander. Ce réseau, qui pourrait s’étendre au-delà du jeton arrimé au dollar pour inclure l’euro ou d’autres devises du G7 après son lancement, ne dispose pour l’heure ni de liste de membres officielle, ni de cadre de gouvernance, ni de calendrier arrêté. En juin 2026, ces mêmes acteurs avaient déjà dévoilé un projet commun de dépôts tokenisés exploité par The Clearing House avec une mise en service prévue en 2027…
Trente-neuf associations bancaires d’État ont riposté dès le 25 août en annonçant la création de BankChain Alliance, une infrastructure blockchain détenue et gouvernée par l’industrie bancaire communautaire et régionale. Le périmètre annoncé couvre les stablecoins, les dépôts tokenisés, les paiements intelligents et l’automatisation du règlement-livraison. L’alliance, qui fédère des milliers d’établissements (l’appartenance à une association participante ne valant pas adhésion automatique), prévoit un démarrage opérationnel en 2027 et promet une interopérabilité avec les réseaux de paiement existants. Le partenaire technologique n’a pas encore été désigné.
Le marché a immédiatement tiré les conséquences de cette offensive bancaire sur les acteurs crypto cotés. L’action de Circle Internet Group (NYSE : CRCL), émetteur de l’USDC, a reculé de 4 % le mercredi 26 août avant de se reprendre fortement jeudi. Les investisseurs anticipent une érosion de parts de marché si les banques parviennent à capter les flux de paiements en stablecoins sous leur propre marque. Pourquoi déposer ses dollars chez un émetteur crypto quand sa banque pourrait offrir le même jeton, garanti par un bilan réglementé ?
Le GENIUS Act a posé les fondations réglementaires pour les émetteurs de stablecoins aux États-Unis. L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) a formulé des recommandations portant sur les réserves, le rachat, la gestion des risques, la conservation et la supervision. Le contrôleur Jonathan Gould a précisé que la réglementation finale serait publiée en novembre 2026. Les banques devront arbitrer entre stablecoins (portabilité blockchain, accessibilité hors bilan) et dépôts tokenisés (maintien au bilan, périmètre prudentiel familier).
Ceux qui combattaient les stablecoins il y a encore deux ans s’apprêtent à en frapper. La finance traditionnelle ne capitule pas devant la crypto. Elle cherche à l’absorber.

