La plateforme d’Elon Musk discute activement avec des émetteurs de stablecoins, dont Circle, pour verser aux créateurs de contenu leurs revenus en USDC, selon une source proche des négociations citée par CoinDesk. Les discussions sont encore en cours, et X n’a pas répondu aux demandes de commentaires. Mais le signal est déjà suffisamment fort pour redessiner les contours de l’économie des créateurs sur les réseaux sociaux.
Le calendrier ne doit rien au hasard. X est en train d’enterrer son programme historique de Revenue Sharing, celui qui redistribuait une part des recettes publicitaires aux comptes les plus suivis, pour lui substituer un dispositif baptisé Original Content Rewards Program. La philosophie change radicalement. Il ne s’agit plus de récompenser l’audience brute, mais de valoriser l’originalité, l’expertise, le reportage, la créativité. Payer en stablecoins plutôt qu’en dollars bancaires donnerait à ce nouveau programme une infrastructure cohérente avec l’ambition affichée par Musk de faire de X une « super-app » financière.
L’arrivée en mars de Benji Taylor, ancien responsable du design chez Coinbase pour la blockchain Base, confirme que cette convergence entre crypto et réseau social est très délibérément orchestrée. Taylor, dont le poste couvre à la fois X, xAI et SpaceX, apporte une expertise pointue en wallets et en finance décentralisée. Son recrutement ressemble moins à un coup de communication qu’à une pièce maîtresse dans un dispositif plus vaste.
SpaceX utilise déjà des stablecoins pour encaisser les paiements internationaux de Starlink, contournant ainsi les frictions liées aux taux de change et aux virements bancaires classiques. Chamath Palihapitiya, capital-risqueur de la Silicon Valley, expliquait en décembre 2024 que le groupe spatial convertissait les paiements de ses clients étrangers en stablecoins avant de les reconvertir en dollars, éliminant du même coup l’exposition au risque de change. Si la méthode fonctionne pour des abonnements satellites dans des dizaines de pays, pourquoi ne fonctionnerait-elle pas pour rémunérer des milliers de créateurs dispersés sur tous les continents ?
X n’est d’ailleurs pas seul à explorer cette piste. Meta a commencé à verser des commissions en USDC à certains créateurs via les blockchains Solana et Polygon, ressuscitant discrètement ses ambitions crypto après le naufrage retentissant de Libra puis Diem. La source citée par CoinDesk travaille elle-même avec plusieurs plateformes sociales qui testent des paiements en stablecoins, signe que le mouvement dépasse largement le périmètre d’un seul milliardaire excentrique.
Le marché des stablecoins pèse désormais plus de 300 milliards de dollars de capitalisation, et leur adoption comme rail de paiement transfrontalier s’accélère trimestre après trimestre. Pour les créateurs, recevoir des USDC plutôt qu’un virement SWIFT signifie des délais réduits à quelques secondes, des frais de transaction dérisoires et un accès immédiat à la liquidité, en tout cas pour ceux qui maîtrisent déjà l’écosystème crypto. Pour les autres, la courbe d’apprentissage pourrait freiner l’enthousiasme.
L’enjeu dépasse la seule question du moyen de paiement. En adossant la rémunération des créateurs à une infrastructure blockchain, X pourrait à terme intégrer des fonctionnalités de portefeuille numérique, de micro-paiements entre utilisateurs, voire de tokenisation des contenus. Le réseau social se rapprocherait alors du modèle de WeChat… version décentralisée.
Reste une question que ni Musk ni ses équipes n’ont encore tranchée publiquement. Quand un réseau social contrôlé par un seul homme choisit de payer ses contributeurs dans une monnaie programmable, la promesse de liberté financière peut très vite se muer en nouveau levier de dépendance.

