L’ordonnance SEC No. 34-106268 vient d’accorder une approbation accélérée à Nasdaq Texas, LLC pour modifier sa Rule 5711(d), celle qui régit les Commodity-Based Trust Shares, et inscrit dans le marbre réglementaire de la bourse texane une définition officielle de « digital commodity » englobant Bitcoin, Ether, Solana et XRP. Quatre actifs, un seul cadre, et soudain le terrain de jeu des gestionnaires d’actifs américains s’élargit d’un coup.
Pendant des années, l’industrie crypto a supplié Washington de trancher entre security et commodity, et Washington a répondu par le silence ou par des procès. La SEC vient pourtant de poser un acte concret en autorisant les fonds cotés sur Nasdaq Texas à intégrer ces quatre tokens dans des véhicules de type trust, avec une flexibilité de gestion active et une tolérance allant jusqu’à 15 % de la valeur liquidative nette pour des actifs ne remplissant pas encore l’intégralité des critères de listing au moment de leur inclusion. Le régulateur a lui-même illustré le mécanisme par l’exemple d’un trust multi-actifs détenant BTC, ETH, SOL et XRP, les qualifiant de « digital commodities that currently meet the eligibility criteria ».
Cette approbation s’appuie sur un socle posé en mars 2026, quand la SEC et la CFTC ont conjointement classé ces quatre cryptos parmi les crypto commodities, aux côtés de Cardano, Avalanche, Dogecoin, Shiba Inu et Chainlink. Le fonds multi-actifs de T. Rowe Price, coté sous le ticker TKNZ depuis juin, avait déjà exploité cette logique en permettant à ses gérants de faire tourner librement les allocations au sein d’un panier crypto unique. Nasdaq Texas formalise désormais l’architecture réglementaire qui rend ce type de produit reproductible à grande échelle.
Qu’est-ce que cela change concrètement pour un investisseur qui achète aujourd’hui un ETF spot Bitcoin chez BlackRock (dont l’IBIT a aspiré 454 millions de dollars en une seule journée, portant les actifs totaux des fonds BTC au-delà de 103 milliards) ? La réponse tient en un mot… diversification. Les gestionnaires disposent maintenant d’un cadre pour construire des paniers pondérés, des stratégies de rotation et des trusts activement gérés sans devoir négocier chaque listing au cas par cas. Les ETF spot XRP enchaînent d’ailleurs onze sessions consécutives d’entrées nettes pour un cumul de 1,68 milliard de dollars, preuve que la demande institutionnelle ne se limite plus au seul Bitcoin.
Brad Garlinghouse, PDG de Ripple, a réagi à chaud en affirmant « Faire des États-Unis la capitale mondiale de la cryptomonnaie est à notre portée, allons jusqu’au bout de cette entreprise ». La formule sonne bien, mais le travail législatif reste à boucler, puisque le vote de clôture du CLARITY Act au Sénat est programmé pour le 15 septembre et que la Chambre des représentants a annulé ses derniers scrutins du mois, repoussant probablement l’adoption définitive à la session post-électorale de fin d’année.
Il faut garder en tête que l’ordonnance de la SEC constitue une interprétation réglementaire appliquée à la structure de listing d’une bourse, pas une loi fédérale. La distinction est importante, parce qu’un changement de direction politique pourrait théoriquement la remettre en cause. Le marché n’attend pas le feu vert du Congrès pour pricer la nouvelle, avec 730 millions de dollars d’inflows quotidiens sur les ETF Bitcoin spot et 141 millions sur ceux d’Ethereum, tandis qu’un short squeeze de 567 millions a liquidé plus de 105 000 traders en vingt-quatre heures.
Le ratio Bitcoin/or a franchi le seuil de 18, son plus haut niveau depuis janvier, et l’histoire montre que des afflux records dans les ETF précèdent souvent des corrections techniques locales, surtout en septembre, le fameux « Rektember » des traders crypto. La convergence, dans dix jours, de la décision de la Fed sur les taux et du vote sénatorial sur le CLARITY Act pourrait transformer la deuxième quinzaine du mois en stress test grandeur nature pour des actifs que Washington vient tout juste de reconnaître comme des commodities dignes des marchés réglementés.

