La Garmin Forerunner 955 surestime les calories brûlées avec une marge d’erreur moyenne de 77,6 %, selon une étude publiée dans PLOS One le 2 septembre 2026, et c’est la pire performance parmi les quatre montres testées par des chercheurs de la Florida International University. Cinquante-huit adultes ont pédalé sur un vélo semi-allongé, équipés simultanément d’une Apple Watch Series 8, d’une Fitbit Sense 2, d’une Samsung Galaxy Watch 5 et de la Garmin, tandis qu’un analyseur métabolique COSMED K5, l’appareil de référence en calorimétrie indirecte, mesurait leur dépense réelle à partir de leurs échanges gazeux respiratoires.
Le protocole consistait en dix minutes d’intervalles alternant deux minutes à intensité modérée (64 à 76 % de la fréquence cardiaque maximale estimée) et deux minutes à intensité vigoureuse (77 à 95 %), les positions des montres aux poignets étant permutées pour neutraliser tout biais de placement. Les résultats dessinent une hiérarchie d’inexactitude assez nette, où la Garmin affiche un écart moyen de 68,61 kcal par séance, la Samsung de 56,76 kcal, l’Apple Watch de 21,60 kcal et la Fitbit, après filtrage des données aberrantes, de 3,14 kcal. Ce dernier chiffre mérite toutefois qu’on les épluche avec la distance appropriée…
Fitbit a en effet produit des mesures aberrantes dans 13 % de ses essais, certaines affichant une seule calorie pour un entraînement entier, d’autres ne générant aucune valeur du tout. Les chercheurs ont écarté sept lectures manifestement fausses, et si on les réintègre, l’écart moyen de la Fitbit Sense 2 bondit à 128,6 kcal, la propulsant au rang de lanterne rouge devant la Garmin. Le classement dépend donc entièrement de la manière dont on traite les données défectueuses, un problème méthodologique que l’étude reconnaît.
L’observation la plus préoccupante concerne l’interaction entre le taux de masse grasse des participants et l’ampleur de l’erreur, qui croît de concert pour toutes les marques et croît plus vite pour Garmin et Fitbit que pour Apple. Jason Kostrna, professeur associé de kinésiologie à la FIU et auteur principal de l’étude, avance une explication algorithmique : « Quand les entreprises développent ces algorithmes, on ne sait pas d’où viennent les données d’entraînement. C’est pourquoi il serait bénéfique pour elles de voir ce type de résultats, afin d’affiner leurs produits. »
Les personnes en surpoids, celles qui auraient le plus besoin de compter sur leur montre pour gérer un déficit calorique, sont précisément celles à qui la montre ment le plus généreusement.
Quand votre bracelet vous annonce 500 calories dépensées après une séance de vélo, la réalité se situe possiblement autour de 350, un écart hebdomadaire capable de transformer un déficit calorique supposé en surplus réel sans que l’utilisateur ne perçoive quoi que ce soit. « Vous ne pouvez pas traiter le nombre de calories affichées comme un chiffre fiable, parce qu’il ne l’est pas », résume Kostrna avec une franchise que les départements marketing des fabricants ne partagent généralement pas. L’étude recommande de considérer la valeur affichée comme un plafond, et de lui appliquer systématiquement une décote.
Quelques limites tempèrent la portée de ces résultats, et l’étude a l’honnêteté de les énumérer. L’échantillon de 58 participants reste modeste, le protocole se cantonne à un seul type d’exercice (le vélo stationnaire), et les algorithmes de certaines montres n’ont pas été alimentés avec les valeurs individuelles de VO₂max ou de fréquence cardiaque maximale des sujets, ce qui pourrait biaiser les estimations de Garmin dont les modèles exploitent activement ces paramètres. Une seule séance ne permet pas non plus d’évaluer si les algorithmes s’affinent avec l’usage répété.
La couleur de peau, testée sur trois teintes courantes parmi les adultes hispaniques du panel, n’a produit aucune différence mesurable sur la précision optique des capteurs, un point rarement documenté qui mérite d’être relevé. Kostrna travaille désormais sur une extension du protocole aux exercices de musculation traditionnels, un terrain où l’on peut raisonnablement s’attendre à des écarts encore supérieurs compte tenu de la nature intermittente de l’effort.
Des millions de porteurs de montres connectées consultent chaque jour un chiffre de calories brûlées qu’ils tiennent pour un fait, alors qu’il relève davantage de la projection statistique approximative, et organisent autour de ce chiffre leurs repas, leurs collations de récupération, leur rapport quotidien à la culpabilité alimentaire. La prochaine fois que votre montre vous félicite pour 500 calories brûlées, retirez-en un bon tiers. Votre balance ne négocie pas avec les algorithmes.

