Nvidia a dévoilé lundi à Taipei son premier système robotique commercialisé, bâti sur le chassis d’un fabricant chinois et vendu aux laboratoires de Stanford à Zurich. Le fabricant de puces américain associe le robot H2 Plus d’Unitree, des mains à cinq doigts du singapourien Sharpa et son propre cerveau de calcul, le Jetson Thor.
Le robot baptisé Isaac GR00T Reference Humanoid Robot mesure près de 1,80 mètre, pèse 150 livres et affiche 75 degrés de liberté une fois additionnés le corps (31) et les deux mains tactiles (22). À l’intérieur, une puce Jetson AGX Thor T5000 embarque un GPU Blackwell capable de 2 070 téraflops en FP4, de quoi traiter en temps réel les flux d’une caméra stéréo grand angle, de capteurs au poignet et d’une centrale inertielle. La bête soulève jusqu’à 15 kilos en pointe et tient environ 3 heures sur batterie.
« Nous avons construit cela pour l’enseignement supérieur et les chercheurs universitaires, parce que pour eux, le faire soi-même est terriblement difficile », a déclaré Jensen Huang, fondateur et patron de Nvidia, lors de son discours en marge du Computex. Le dirigeant, qui voit dans l’« IA physique » un marché de plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars, plaisante volontiers sur la ressemblance avec sa propre silhouette… six pieds, 150 livres, « comme moi ».
L’argument commercial tient en une idée que Nvidia martèle depuis des mois, à savoir vendre l’écosystème logiciel plutôt que le seul silicium. La pile Isaac GR00T réunit la capture de données de démonstration, les modèles de fondation pour le raisonnement du robot, les simulateurs Isaac Sim et Isaac Lab, le middleware Isaac ROS et l’inférence embarquée sur le Thor. Les équipes gardent le contrôle de leurs données, télémétrie et journaux, et peuvent piocher dans le catalogue à la carte. La même approche s’étendra bientôt au G1, le petit humanoïde d’Unitree déjà répandu dans les universités, avec des workflows promis sur GitHub et Hugging Face.
Quatre institutions figurent déjà sur la liste des premiers utilisateurs, notamment l’institut Ai2 de Seattle, l’ETH Zurich, le Stanford Robotics Center et le laboratoire de robotique avancée de l’université de Californie à San Diego. « La robotique avance le plus vite quand les chercheurs peuvent bâtir sur des plateformes ouvertes, partager du code et tester leurs idées sur des machines réelles », résume Steve Cousins, directeur exécutif du Stanford Robotics Center. Aucun laboratoire chinois ne figure dans le tableau d’honneur.
Le calendrier d’Unitree, lui, ne doit rien au hasard. La jeune pousse de Hangzhou ambitionne de lever 4,2 milliards de yuans (620 millions de dollars) sur le marché STAR de Shanghai, sa demande d’introduction passant justement en revue le jour de l’annonce. Plus de 40 % de ses revenus proviennent désormais de l’étranger, et le H2 Plus, version musclée du H2, sortira en octobre. « N’importe qui pourra l’acheter », promet Rev Lebaredian, vice-président chargé de la simulation d’IA physique chez Nvidia, qui voit là de quoi sortir « la recherche humanoïde de pointe des seules mains des plus grandes entreprises technologiques et des licornes de l’IA ».
Reste une réalité que les superlatifs masquent mal. Le marché des humanoïdes demeure embryonnaire, leurs déploiements cantonnés pour l’essentiel aux entrepôts, les questions de sécurité et de vie privée barrant encore la route des foyers. Nvidia parie que la prochaine percée viendra d’un campus, et que la puce qui la rendra possible portera son nom. Le robot, lui, parlera sans doute mandarin.

